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Laurence Bibot, Juan d'Oultremont, Sébastien Ministru et Marc Moulin réunis autour d'un PSY (Bruxelles)

Que se passe-t-il au cours d'une séance chez le psy ? On pleure ou on rit ? Est-ce qu'il arrive que l'on pleure de rire ? Sorte de confessionnal moderne, le cabinet du psy a des murs... et les murs, des oreilles, donc beaucoup de choses à raconter.

Toujours prête à faire le bien autour d'elle, Nathalie Uffner a demandé à quatre auteurs de se payer le psy... d'interviewer le divan, de recueillir le témoignage du papier peint, bref d'enquêter sur le terrain. Laurence Bibot, Juan d'Outremont, Sébastien Ministru et Marc Moulin ont fait l'expérience initiatique de souffrir pour vous, ramenant à la comédie ces mille et une petites choses, ridicules ou traumatisantes, qui font le trajet d'une psychothérapie. Après un long travail - de deuil, de doutes, de réconciliation avec eux-mêmes et de plaisir avec les autres - , chacun est revenu de son propre univers avec l'histoire d'un analysé.

Mise en scène : Patrice Avec : Nathalie Uffner, Martine Willequet, Philippe Résimont et Marcel Gonzalez. Mincke

 

Théâtre - « Psy », à la Toison d'or, à Bruxelles

Quatre auteurs sur un divan

LAURENT ANCION / Le Soir 30.04.03

Nathalie Uffner, la directrice du théâtre bruxellois de la Toison d'Or, avait un rêve : une comédie sur la thérapie. Je pensais à un spectacle qui parlerait d'un psy qui va chez le psy, lequel va chez le psy, etc., raconte-t-elle. C'était sans compter sur la personnalité des quatre auteurs choisis : Laurence Bibot, Marc Moulin, Sébastien Ministru et Juan d'Oultremont n'ont, bien sûr, rien écouté des instructions. Ah ? C'était ça ton idée ?, s'étonnent-ils peu avant la première de « Psy »...

Pour en savoir plus sur cette superbe mauvaise foi, il fallait soumettre le quatuor à la confession. Au début, on a tenté de travailler ensemble, avoue Laurence Bibot. On a rapidement décidé qu'on ne le ferait plus jamais ! C'est surtout Juan qui n'arrêtait pas de nous embêter, murmure Marc Moulin. Eh ! Oh !, répond l'intéressé. Et puis t'étais même pas là à la première réunion, lance Sébastien Ministru.

Coéquipiers de la « Semaine infernale » ou collègues de chroniques journalistiques, ces quatre-là adorent semer le doute. Mais une chose est sûre : ils se sont bien marrés. Finalement, après avoir cherché un fil commun (On a eu plein de très mauvaises idées, se réjouit Juan), ils ont chacun composé vingt minutes de sketch qui allaient devoir respecter quatre contraintes : utiliser deux des quatre acteurs (Nathalie Uffner, Martine Willequet, Philippe Résimont, Marcel Gonzalez), narrer une première séance chez le psy, la situer le jour de l'annonce du décès de Diana et être drôle, si possible.

Sur ce dernier point, Juan d'Oultremont s'inquiète : Hier, j'ai vu une répétition de mon truc, et j'ai même pas ri. C'est normal ? Tendre, Laurence Bibot le rassure : Chacun a été choisi parce qu'il a des armes différentes... Tout indique en effet que le metteur Patrice Mincke et ses quatre acteurs ont en main un arsenal particulièrement varié.

J'ai imaginé une journaliste animalière qui vient voir comment fonctionne un psy, dévoile Laurence Bibot.

C'est chouette, ton truc, lance Sébastien Ministru. C'est physique et musclé. Nous, on est beaucoup plus dans la tête ! Ah bon ? Qu'a-t-il imaginé ? J'avais peur qu'on fasse tous la même chose, répond-il. Alors j'ai renversé les rôles : le patient s'inquiète de ne pas plaire à tout le monde. Mais son psy va encore plus mal que lui, alors il va l'aider...

Juan d'Oultremont a préféré égratigner la thérapie de couple, avec trois acteurs en scène : Un violoncelliste consulte avec sa femme, explique-t-il. Elle est une éditrice nymphomane qui vient d'écrire « 1343 », son autobiographie qui dénombre ses amants. Mais le couple ne sait pas très bien pourquoi il vient : ils sont assez heureux tous les deux...

Pour Marc Moulin, enfin, le récit se fait d'abord tragique. Un type qui a peur de la mort vient chez le psy pour trouver une solution, explique l'auteur. Il veut se survivre à lui-même. Il pense à Walt Disney, par exemple, qui n'a jamais réalisé autant de films que depuis qu'il est mort. Finalement, il décide de chanter une petite chanson, en se demandant si on l'aimera encore dans 200 ans... En fait, ce texte est assez personnel. Je bidouille de la musique aussi, et je suis le senior de la bande, donc certainement plus proche de la mort que les autres.

Quel aveu ! Nous sommes des patients privilégiés, sourit Marc Moulin. La plupart des gens n'ont pas cette chance d'être payés pour parler. En échange, sans doute, ce rire qui nous soulage...·

« Psy », à partir du 1er mai, au théâtre de la Toison d'Or, à Bruxelles. Infos et réservations : 02-510.05.10.