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Il est des prénoms difficiles à porter. Lourds de sens. Dès le premier contact, ces noms font sourire, effraient ou induisent fatalement des préjugés. Judas est, dans notre culture judéo-chrétienne, synonyme de trahison, de veulerie, d'imposture. Juan d'Oultremont aurait pu s'appeler Judas, à deux lettres près. S'est-il appelé un jour ainsi? Nous ne le saurons pas. Mais, au terme de nos lectures, nous ne pouvons que constater l'importance de ce prénom pour lui.

Juan d'Oultremont publie en effet un volume de cinq nouvelles chez Labor et un récit Portrait d'Ari la nuit (Estuaire) centrés chacun sur un héros prénommé Judas. À chaque histoire son Judas : un écrivain, un historien d'art d'Uppsala, un professeur de photographie dans une Université proche de Copenhague, un artiste peintre en crise, un pianiste aveugle féru d'art moderne, un dentiste en visite au Musée des Beaux-Arts de Reims : des hommes d'une quarantaine d'années, des intellectuels, des artistes ou des amateurs d'art qui portent avec plus ou moins de bonheur ce prénom difficile et qui pourraient être autant de facettes de Juan d'Oultremont si l'on en croit sa biographie. Après des études de peinture à St-Luc (Bruxelles), parallèlement à sa pratique artistique, Juan d'Oultremont a publié un premier roman Villa Mathias en 1979 chez Albin Michel. Il est professeur à l'Ecole de recherche graphique à Bruxelles et excelle à la radio et à la télévision, notamment dans le Jeu des dictionnaires. Pas étonnant donc que ses héros se passionnent pour l'art et visitent si ardemment les musées ce qui débouche, c'est bien connu, sur de passionnantes aventures et d'étonnantes réflexionsÉ

Comment peut-on s'appeler Judas? par Nicole Widart Le Carnet et les Instants n° 143