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Psy / Détester Venise

(texte délibérément non-orthographié)

Le psy est à son bureau. Elle et Lui sont tous les deux inconfortablement étendus dans le divan trop petit.

Lui : J'aurais préféré régler ça par acuponcture, mais puisque ce n'est pas possible...

(long silence. Trop à l'étroit, elle se redresse et vient s'asseoir sur le bord du divan. Elle tourne le dos à son mari).

Elle (au psy, tout désignant une affiche touristique suisse pendue au mur) : Evidemment il y a aussi la Suisse ?

Psy : Si vous préférez partir d'un point concret, c'est aussi bien. Parlons de la Suisse. Vous aimez la Suisse ?

(en même temps et violemment) Elle &endash; Non ! Lui &endash; Oui !

Psy (à lui) : Pourquoi ?

Lui : Je ne sais pasŠ Je suppose que tout violoncelliste rêve de se faire déposer un jour en hélicoptère au sommet du Cervin pour y jouer du Schubert... À chacun ses lieux communs : les écrivains fantasment sur l'Irlande, les tuberculeux rêvent de se faire soigner à Davos ou à Leysin, et le violoncelliste de jouer Schubert les pieds dans 30cm de neige.

Psy (à elle) : Et vous madame, cette aversion pour la Suisse?

Elle : A quatorze ans, un petit voisin m'a forcée à retirer mon soutien-gorge sous la menace d'un canif ramené de classes de neige. Depuis la vue d'une croix blanche sur fond rouge meŠ.

Psy : Et vous pensez que c'est une raison suffisante pour ne plus aimer la Suisse ?

Elle : Il faut dire que, pour m'empêcher de crier, il m'avait enfoncé dans la bouche l'emballage d'un bâton de Toblerone. Aujourd'hui, je ne sais pas regarder une montagne sans en éprouver la nauséeŠ

Psy : Vous voulez dire que s'il vous avait rempli la bouche de polenta vous auriez détesté l'Italie ?

Elle : Avec son canif dans une main, il aurait eu de la peine à me remplir la bouche de polenta. Et puis de toute façon, la Suisse m'angoisse : c'est trop propre, trop blancŠ

Psy : C'est curieux. Vous considérez la Suisse comme trop propre, et pourtant vous me disiez tout à l'heure que c'est dans un Car-Wash que vous avez avoué à votre mari vos multiples liaisons.

Elle : Uniquement pour qu'il ne puisse pas quitter la voiture et qu'il soit obligé de m'écouter jusqu'au bout.

Lui : Quand je pense à ce qu'elle a pu me déballer en l'espace d'un lavage ordinaire, je n'ose pas imaginer ses aveux s'il elle s'était mise à parler l'année où nous avons été bloqués quatre heures d'affilée dans le tunnel du St Plon

Psy: C'est intéressant que vous parliez de tunnel. Le tunnel est un modèle symbolique important.... Donc vous êtes restés coincés dans un tunnel durant quatre heuresŠ C'est intéressantŠ Je pense en effet que l'acuponcture n'aurait pas pu vous aiderŠ

(après un instant) Vous êtes donc restés coincés dans un tunnel, et à ce moment-là vous ne vous êtes pas posés de questions ?

Lui : Nous avons appris plus tard qu'il s'agissait d'un camion suédois qui avait pris feu.

Psy : Non, je veux parler de votre couple. Ça ne vous a pas mis la puce à l'oreilleŠ

Elle : Vous savez, nous étions plus de trois cents voitures bloquées en même tempsŠ Il aurait été difficile de prendre ça pour un signe qui nous était destiné personnellement...

Psy &endash; Revenons si vous le voulez bien à l'épisode du Car-Wash... Le car-wash n'est pas un lieu innocentŠ Il renvoie à une certaine idée de la rédemption ?

Lui : Ce n'est pas tant le fait qu'elle m'ait avoué ses écarts qui m'a perturbé, mais plutôt son projet d'en faire un livre.

Elle (indignée) : C'est un livre dans lequel j'évoque également notre propre couple !

Lui : PrécisémentŠ. (au psy) Dans les années septante, une de ses tantes a été la première femme à qui l'on a greffé simultanément un c¦ur et un poumon; son propre père a fait plusieurs années de prison en Pologne à l'époque de Solidarnosc; elle-même dirige depuis plus de quinze ans une des revues d'art les plus prestigieuses d'Europe, et au bout du compte c'est sur notre vie privée qu'elle écrit. La moindre de mes érections y fait l'objet de descriptions interminables... de comparaisons avec celles d'autres hommes qu'elle a connusŠ C'estŠ

Elle (rêveuse) : C'est dingue de se dire qu'un camion suédois puisse prendre feu. Autant on ne serait qu'à moitié étonné d'entendre parler d'un camion Tchécoslovaque ou Bulgare en flammes. Autant un SuédoisŠ Un pays si froidŠ si sûr.

Psy (à lui) : L'idée de prendre votre revanche ne vous est jamais passée par la tête ?

Lui : Oui, bien sûr. Dans les semaines qui ont suivi la sortie du livre, je n'ai cessé de jouer une suite d'Alban Berg qu'elle déteste

Psy : Alban Berg a composé pour le violoncelle ?

Lui : Non, c'est une suite pour piano. Mais comme je ne joue pas de piano, j'en ai écrit une retranscription pour cordes.

Psy : Question vengeance, je voulais plutôt parler d'aventures extra conjugales. Vous n'y avez jamais songé ?

Lui : Non, le violoncelle est un instrument trop encombrant. Autant je connais un nombre important de flûtistes ou d'altistes qui multiplient les adultères, autant des violoncellistes, très peu. (tout en restant couché, il écarte les jambes et évoque la présence de son violoncelle) C'est une question d'encombrement. D'ergonomieŠ Et puis de toute façon, je ne suis pas du genre à me venger.

Elle (à la psy) : Cela vous dérange si je circule un peu, j'ai l'impression d'être au chevet d'un mourant ? (elle se met à marcher de long en large dans le cabinet)

Psy : Nous parlions de la Suisse il y a un instant, à l'inverse il y a-t-il un pays ou une ville qui vous rapproche?

Lui : Oui, Venise.

Psy : Vous aimez tous les deux Venise ?

Elle : Non, nous détestons tous les deux Venise. C'est une des rares choses sur laquelle nous sommes absolument d'accord, Venise est une ville de merdeŠ

Lui : Nous n'avons plus donné un centime à l'Unesco, depuis qu'ils tentent de sauver cette ville idiote.

Elle : Pour être honnête, nous n'avons jamais donné un franc à L'UNESCO. Mais c'est vrai que depuis qu'ils s'évertuent à l'empêcher de s'enfoncer, nous avons encore un peu moins envie de les soutenirŠ

Lui : A choisir, je préférerais encore acheter des actions Euro-Disney

Elle : Il y a un côté pathétique à vouloir sauver une ville qui s'enfonce.

Lui : Les Futuristes avaient mille fois raison de vouloir la raser.

Elle : Chaque fois que j'entends parler du réchauffement de la planète, je me dis : c'est dramatique pour les manchots de l'Arctique, par contre quelle sensation de soulagement se sera de voir Venise définitivement rayée de la carte. Engloutie dans la laguneŠ

Lui : Et je peux vous assurer que question réchauffement de la planète, le livre de ma femme risque encore d'en accélérer le processusŠ

Elle : Il faut le prendre comme un témoignage. Je n'ai pas la prétention d'en faire un modèle, par contre j'assume entièrement tout ce que j'y ai écrit

(court silence)

Lui (il lève légèrement le ton) : Cet été, à trois reprises ce livre a dépassé dans le Top dix des ventes, la biographie du Padre Pio. C'est vous dire si, avant d'être ma femme, Yvette se présente à mon esprit comme une chose hésitant entre le stigmate et le réservoir à semence humaine. J'ai parfois l'impression que son sexe est avec Cuba et la Corée du Nord, un des derniers bastions du communisme. Une sorte de Kibboutz libidinal.

Psy (à lui) : Je vais vous poser une question qui va peut-être vous paraître farfelue : est-ce que vous l'aimez encore?

(comme il est couché, il ne comprend pas que la question puisse lui être destinée. Court silence au terme duquel il se redresse)

Lui : C'est à moi que vous posez cette question ?

Psy : Oui, bien sûr.

Lui (toujours très calme) &endash; C'est surprenant. C'est elle qui écrit un livre où elle relate dans le détail la façon dont elle se fait tringler dans les parkings par des techniciens d'entretien de photocopieur, un livre à chaque page duquel elle suce la queue d'une demi-douzaine d'artistesŠ

Elle : Oui, mais des artistes minimals et le plus souvent américains !

Lui : Šoù à chaque page elle suce la queue d'une demi-douzaine d'artistes minimals américains, et c'est à moi que vous demandez si je l'aime. Moi qui en plus ai accepté cette thérapie alors que je suis certain que le problème pouvait être réglé par acuponctureŠ Pourquoi est-ce que vous ne lui posez pas la question à elle ?

Psy : Parce que je suppose qu'elle vous aime. Si vous voulez nous la lui poserons tout à l'heure. En attendant, est-ce que vous avez l'impression de l'aimer ?

Lui : OuiŠ Je supposeŠ Enfin bien sûrŠ C'est tellement étrange que vous me demandiez ça à moi. J'avais imaginé toute une série de questions que vous étiez susceptible de me poser. J'avais même préparé un certain nombre de réponses, et làŠ

Psy : Quelles réponses?

Lui : Oh, toute une série de réponses par oui ou par nonŠ Mais aussi par exemple : son prénom, le fait qu'elle s'appelle Yvette

Psy : Et dans ce cas précis, il s'agissait de la réponse à quelle question ?

Lui : je pensais que vous alliez me demander ce qui, dans un premier temps, m'avait le plus blessé, ou du moins le plus surpris dans cette histoire. J'y ai beaucoup réfléchi : eh bien, de façon curieuse, c'est son prénom : Yvette. J'ai toujours cru que son prénom était comme une garantie de pérennité. Lorsque je l'ai rencontrée pour la première fois, je me suis dit : cette fille s'appelle Yvette, notre histoire sera belle et sereine, je vais pouvoir me concentrer sur le violoncelle.

On a peine à imaginer qu'une fille s'appelant Yvette puisse avoir une vie sexuelle aussi débridée. C'est comme lorsque vous apprenez qu'un camion suédois a pris feu, vous vous dites : ce n'est pas normal, les camions suédois sont parmi les plus fiables du monde.

Elle (rêveuse) : Surtout un camion transportant des prothèses de hanches.

Lui : Oui, on se dit que des prothèses de hanche pourraient au moins être ignifugéesŠ Et là, contre toute attente, c'est à moi que vous demandez si j'éprouve encore de l'affection pour elleŠ

Psy : Vous ne pensez pas que pouvoir dire à son mari : je te trompe avec des artistes minimals américains, peut aussi être considéré comme un très beau témoignage de confiance ?

Lui : Je dois reconnaître que je ne l'ai jamais envisagé sous cet angle.

Psy : À propos d'art et d'artistes, je voudrais vous proposer une chose qui va peut-être vous surprendre mais qui pourra vous aider à voir clair dans vos rapports de couple. Je vais vous demander de venir ici au milieu de la pièceŠ (elle invite Lui à se relever et à venir rejoindre Elle. Lui obéit, Elle hésite un instant)

Elle : Vous n'allez pas nous obliger à danser ? C'est une chose dont j'ai horreur

Lui &endash;: Une de mes collègues de l'Orchestre de Chambre a suivi avec son mari un séminaire de «réenchantement du couple». On l'a obligé à danser dans l'obscurité la paume des mains maintenue collée à celle de son partenaire avec de la bande adhésive.

Psy : Non, je voudrais que vous vous mettiez l'un en face de l'autre. Comme çaŠ À présent, je vais vous demander à l'un et à l'autre de composer la sculpture vous représentant à l'époque de votre rencontre. (la désignant) Vous d'abord. Si vous deviez réaliser une sculpture vous mettant en scène à cette époque, comment serait-elle ?Š

Elle : Vous savez, je suis plutôt spécialiste de l'art abstrait

Psy : Comment voyez-vous votre couple au début de votre relation?

Elle : C'est ridicule, la première fois que je l'ai rencontré, il venait de se voir décerner le Prix Rostropovitch. Il sautait comme un ressort sur la scène du Concertgebauw d'Amsterdam, avec un bouquet de fleurs qu'il envoyait en l'air. J'ai trouvé ça très surprenant qu'un musicien classique se tienne comme un champion de vélo. Il y avait dans son exubérance quelque chose de charmant.

Psy : Vous voulez dire que dans votre sculpture, vous vous verriez à la place du bouquet ?

Lui (Inquiet) &endash; Que je la tienne à bout de bras au-dessus de ma tête ?

Elle: NonŠ Je ne sais pas, j'étais assez jeuneŠ Peut-être m'imaginais-je dans la peau de la jeune fille lui offrant le bouquet.

Psy : Un peu comme au vainqueur d'étape (du Tour d'Italie).

Elle : Non, plutôt comme dans ces tableaux de l'époque soviétique où, sur fond de campagne Ukrainienne, des jeunes filles se jettent au pied de Staline, une gerbe à la main.

Psy : Votre sculpture vous représenterait donc étendue au pied de votre mari ?

Elle (Tout en hésitant, elle se met un genou à terre devant lui, lui tendant un imaginaire bouquet) : Non, peut-être juste à genou devant lui. À l'époque, les journaux parlaient de lui comme d'un jeune prodige. C'était une situation très impressionnante

Lui : C'est très gênant ! C'estŠ D'autant que dans son livre, lorsqu'elle se met à genoux devant les hommes, c'est rarement pour leur offrir des fleursŠ

Psy (à elle) : Et si vous deviez imaginer une sculpture vous représentant aujourd'hui ?

Elle (se redressant, elle réfléchit un instant et finit par serrer la main gauche de son mari, bras tendu) : Peut-être comme ceciŠ

Psy : Vous voulez dire qu'après s'être jetée au pied de Staline, vous lui auriez serré la main, d'égal à égal.

Elle : Vous me demandez une sculpture, je vous en fais une. Il me semble assez normal qu'après 12 ans de vie commune, je puisse enfin lui serrer la main, sans avoir à me jeter à ses pieds.

Psy : C'est étonnant, vous vous serrez toujours la main gauche ?

Lui : Toujours !

Elle : A l'époque de notre rencontre, sa main droite était assurée à plus d'un million et demi de dollars. Son contrat lui interdisait de serrer la main de la droiteŠ

Psy : Le violoncelle pourtant se joue à deux mains ?

Lui : Je suppose que mon courtier n'était jamais rentré dans une salle de concertŠ

Psy (à lui) : Comment réagissez-vous lorsque votre femme évoque vos rapports actuels par une poignée de main ?

Lui : C'est plutôt rassurant.

Psy : Plutôt rassurant ?

Lui : Je veux dire que les gens qui ont lu son livre auraient de la peine à imaginer qu'elle puisse encore se contenter d'une simple poignée de main. J'aurais donc tendance à le prendre comme un privilège : je suis sans doute le seul homme à qui elle prend le temps de serrer la main. En général, ses rapports aux autres sont plus compulsifs.

Psy (à lui) &endash; Et si vous-même deviez réaliser une sculpture vous représentant lors de votre rencontre ?

Lui (Fatigué) &endash; Je n'en sais rien... Je n'en sais absolument rien.

Psy &endash; Vous seriez le champion cycliste ? Le vainqueur de l'étape ?

Lui &endash; Sûrement pas ! J'ai roulé sur un vélo de fille avec des petites roues à l'arrière jusqu'à l'âge de treize ans. Cela faisait le désespoir de mes parentsŠ Je n'ai aucun sens de l'équilibre

Elle &endash; Autant je dois reconnaître qu'il joue Bach comme personne, autant il réussirait à se tuer sur un vélo d'appartement

Lui &endash; Sa tante, greffée du c¦ur et des poumonsŠ Elle est morte deux jours après l'intervention.

Psy &endash; Sa tante interviendrait dans votre sculpture ?

Lui &endash; NonŠ Mais nous parlions de la mortŠ

Elle &endash; Elle a succombé à un phénomène de rejetŠ

Lui &endash; Un phénomène de rejet, oui ! C'est son propre mari qui l'a opérée. Il suffisait de l'entendre parler d'elle pour se dire que même sans son c¦ur et ses poumons, le donneur avait encore plus de chance de survie que cette pauvre femme !

Psy (recherchant à les faire prendre la pose) &endash; Et l'idée que vous puissiez être le Petit Père des Peuples au pied duquel se jettent les jeunes Soviétiques, c'est une image qui fait écho en vous ?

Lui &endash; Ce serait grotesque. Non, s'il fallait vraiment symboliser le début de notre relation, ce serait peut-êtreŠ Non, après tout c'est tout aussi ridicule !

Psy &endash; Ce serait peut-êtreŠ ?

Lui &endash; Je n'en sais rien ! Je pense qu'à ce moment-là je la voyais commeŠ Peut-être comme un nouveau violoncelle.

Elle &endash; Un violoncelle !?!

Psy &endash; Un instrumentŠ? (Comme si elle mettait en scène la sculpture, elle rapproche sa main à Lui de sa hanche à elle) Š que vous auriez enfermé dans une caisse pour l'emporter dans vos déplacements en la tenant par la poignée ?

Lui (s'assied, un peu gêné, écarte les jambes et y accueille sa femme comme s'il allait en jouer) &endash; Non, je l'imaginais plutôt la serrant contre moi (il esquisse le mouvement de l'archet) lui effleurant les reins avec mon archet pour en tirer de la musique.

(à son épouse, exaspérée par la pose idiote) Tu comprends pourquoi j'aurais préféré régler ça par acuponcture ?

Psy &endash; Elle serait devenue comme votre outil de travail ?

Lui &endash; Juste un instrument de musiqueŠ

Psy &endash; L'analyse transactionnelle ne porte pas de jugement, elle se contente de poser des questionsŠ Et je pense que c'en est une que vous pourriez vous poser : dès le début de votre relation, vous mettez symboliquement le corps de votre femme en quelque sorte « au travail », et aujourd'hui ce corps travaille au-delà de toute espéranceŠ

Lui &endash; Vous voulez dire que j'aurais une responsabilité dans le fait qu'aujourd'hui Yvette est un violoncelle qui est passé entre les mains de la moitié des musiciens de l'orchestre ? Et que c'et moi-même qui l'aurais mis au travail ?

Psy &endash; C'est juste une question qu'il serait intéressant de se poser.

Elle &endash; Et à laquelle je serais curieuse de t'entendre répondre...

Psy (se tournant vers elle) &endash; Ce qui me paraît légitime, en effet.

Lui &endash; C'est répugnant ! Ma vision de la sculpture était absolument romantique, à l'image de la photo de Man Ray. Elle évoquait seulement le souhait de la serrer dans mes bras.

Elle (agitée et furieuse) &endash; C'est fou de se dire qu'un camion suédois puisse prendre feu ! Un pays qui socialement semble ignifugéŠ Et surtout un camion transportant des prothèses de hanche. Ce qui veut dire que vous vous faites implanter un de ces machins, et hop, un beau jour ça prend feuŠ Vous devenez une sorte de cocktail Molotov vivantŠ

Psy (à lui) &endash; Et si vous deviez composer la sculpture de votre couple actuel ?

Lui &endash; Ecoutez, je ne suis pas sculpteur, je suis musicien. C'est très embarrassantŠ

(Elle en a marre et va s'étendre sur le divan)

Psy &endash; Š de se reconnecter avec son moi perdu?

Elle &endash; Je me souviens d'un artiste suédois rencontré à la foire de Bâle dans les années 80, et quiŠ

Lui (au psy) &endash; A présent, j'ai toujours peur lorsqu'elle se souvient. Une pointe d'angoisseŠ Nous étions sous les rouleaux du car-wash lorsqu'elle m'a dit : je viens d'achever l'écriture d'un livre de souvenirs. Avant de passer sous le portique de séchage, elle en avait précisé la teneur et donné une demi-douzaine d'exemples.

Elle &endash; Il me semblait plus honnête de te mettre au courant avant la sortie du livre.

Lui &endash; Lorsque j'ai entamé la lecture de son manuscrit, j'ai éprouvé une sensation curieuseŠ

Psy &endash; Vous teniez à ce qu'il soit votre premier lecteur.

Elle &endash; Naturellement ! De plus, William a une excellente orthographe

Lui &endash; Š Une sensation qui pourrait servir de modèle à la sculpture que vous me demandez. Je me suis retrouvé soudain pareil à l'étudiant de la place Tien An Men, le violoncelle à la main, cherchant à arrêter un char avec lequel Yvette esseyait à m'écraser.

Elle &endash; Il s'agissait de choses qui devaient être dites. Je ne voulais absolument pas te blesser

Lui &endash; Š Un char dont le canon n'était autre qu'un phallus en érection. A chaque page, à chaque souvenir, à chaque nouvelle expérience relatée, le char avançait un peu plus. Quelques centimètres pour les coups tirés à la sauvette sur les aires d'autoroute. Quelques mètres pour les vernissages se terminant en fellation collective. Chaque fois je me disais, elle n'osera pas aller plus loin, et pourtantŠ

Psy &endash; Malgré la douleur qui a dû être la vôtre, vous parvenez à en parler avec beaucoup de sang froid. De façon très imagéeŠ (se tournant vers elle) Vous devez reconnaître qu'il en parle de façon très imagée.

Elle - C'est un artiste.

Lui &endash; Quand je pense qu'elle a dédicacé ce livre à ses parents

Psy &endash; Et comment ont-ils réagi ?

Lui &endash; Ils sont morts

Psy &endash; Ils en sont morts ?

Elle &endash; Non, ils ont disparu il y a plus de vingt ans. Jamais je ne leur aurais fait une chose pareille.

Psy &endash; Vous voulez dire que vous n'auriez pas écrit ce livre si vos parents avaient encore été en vie ?

Elle &endash; Sans doute, non ! Ou alors peut-être sous un pseudonyme.

Psy &endash; Vous craigniez donc plus la réprobation de vos parents que celle de votre mari ?

Elle &endash; Je viens de vous le dire, William est un artiste, et surtout il est mon mari. Il y a des choses qu'un mari peut comprendre.

Lui &endash; Lorsque j'ai lu le passage où elle évoque la façon dont elle s'est faiteŠ Je veux dire, la façon dont elle se fait prendre dans la consigne de l'aéroport de Tel Aviv par un sophrologue israélien, et cela durant notre propre voyage de noce, j'ai eu l'impression que le char me passait sur le corps.

Psy &endash; Vous avez passé votre voyage de noce en Israël ?

Elle &endash; Non, nous y étions juste en transit.

Psy &endash; On sait que de pareils accidents ne sont pas fortuits. Le fonctionnement du couple est dialectique. Les responsabilités sont le plus souvent partagées.

Elle &endash; C'est indéniable !

Lui &endash; Je suis le premier à admettre lorsque mon jeu prête à la critique. Je me souviens avoir massacré une pièce de Brahms lors d'un récital à Cologne et d'en avoir été le premier consterné. Mais, là nous venions à peine de nous marier.

Psy (à elle) &endash; Vous est-il déjà arrivée de considérer la relation que votre mari entretient avec son violoncelle, comme Š comme un élément qui pourrait mettre en péril la stabilité de votre couple.

Elle &endash; Honnêtement, je n'en sais rien. Je ne pense pas. Dans l'épisode auquel il fait allusion, ma réaction a été instinctive. Une pulsion à laquelle est venu s'ajouter l'effet de surprise. Il s'agissait d'un soigneur de l'équipe israélienne de volley-ball. Lorsqu'on parle d'Israël, on évoque rarement son équipe de volleyŠ Je suis sûre qu'il y a une majorité de gens qui, pour une raison ou une autre, pensent qu'Israël n'a jamais eu d'équipe de volley.

Psy &endash; J'aimerais que nous revenions un instant à l'épisode du tunnel. (Se tournant soudain vers lui) Sexuellement, vous n'avez jamais souffert de déficiences ? De petits moments de faiblesse? Dû à la fatigue, au stressŠ ?

Lui &endash; Je ne comprends pas ce à quoi vous faites allusion ? Le fait qu'un camion suédois en flammes nous ait bloqué durant quatre heures dans le Saint Plomb aurait dû attirer mon attention quant à de possibles difficultés d'ordre sexuel ?

Psy &endash; J'écoute seulement les questions que vous vous posez.

Lui &endash; Si c'est le cas, je suppose que le fait de s'écraser à 200 à l'heure dans celui du Pont de l'Alma doit être autrement révélateur. S'il faut vous suivre dans cette logique, je n'ose pas imaginer les titres auxquels nous avons échappé depuis deux jours.

(S'il y a un basculement dans la pièce, c'est sans doute ici. A partir de là, Lui devient ordurier et elle romantique et angélique)...)

Elle (se redressant violemment) &endash; Je t'en prie, nous avons convenu de ne pas aborder ce sujet

Lui &endash; « La libido de Dodi Al Fayed en berne ! », « Orgasme fatal pour Lady Di ! »

Elle &endash; Arrête, tu es ridicule !

Psy &endash; De quoi aviez-vous convenu ?

Lui &endash; Cela fait deux jours que nous nous « accrochons » à propos de cet accident. Yvette serait prête à prendre le deuil. La mort de cette nunuche l'a totalement déboussolée

Elle &endash; Mon mari est incapable de répondre aux témoignages d'affection autrement que par le cynisme.

Psy (à elle) &endash; C'est un couple qui vous apparaissait comme une référence ?

Elle &endash; Il y avait chez eux quelque chose d'à la fois fusionnelle et fragile qui me semblait sympathique, oui

Lui &endash; Un play-boy se tape une anorexique, et voilà que le monde ne se tient plus.

Psy (à Elle) &endash; Un aspect fusionnel et fragile qui vous faisait envie ?

Elle &endash; Nous rêvons tous plus ou moins d'un amour absolu, total. D'une histoire qui nous embarquerait jusqu'au dernier jour avec « l'Autre », le seul, l'uniqueŠ En ça, je ne pense pas être différente des autres.

Lui &endash; Ma femme est depuis plusieurs semaines en tête des ventes en librairie, avec un livre qui porte le titre non équivoque de « 1303 », soit l'estimation qu'elle fait du nombre de types qui lui sont rentrés dedans, et elle vient nous parler d'amour unique, absoluŠ Ce n'est pas sérieux !

Elle &endash; Comme chaque fois que nous parlons d'elle, tu deviens ordurier !

Psy &endash; D'elle ?

Elle &endash; De la Princesse Diana. Autant nous sommes d'accord sur Venise, autant la vie de la Princesse de Galle a toujours été un sujet de frictions. Depuis l'accident, William éructe sur le monde entier.

Lui &endash; Cela fait des années que je me bats avec un violoncelle pour que les choses avancent, pour que le monde semble moins con, ce n'est pas pour qu'une Princesse répudiée et son gigolo d'amant deviennent l'objet d'un culte.

Elle &endash; Lorsque Pablo Casal est mort en dormant dans son lit à 97 ans, c'est à peine s'il ne m'a pas obligée à porter le crêpe et la mantille, et voilà que des jeunes gens qui s'aiment sont réellement mis à mort au fond d'un tunnel, et il faudrait trouver ça normal.

Psy (à lui) &endash; Vous trouvez ça normal ?

Lui &endash; Depuis quatre jours le monde est lobotomisé. Et de façon curieuse, ma femme, qui pourtant avec sa revue, défend les formes d'art les plus subversives, semble elle aussi avoir perdu tout sens critique. (à elle) Excuse-moi Yvette, mais si c'est pour être obligé de parler de ces deux imbéciles, je préfère encore jeter le gant.

Psy &endash; C'est curieux que vous parliez d'arrêter à ce moment-ci. Dans un premier temps vous êtes immobilisé dans un tunnel, sans que ça n'éveille en vous aucune remise en question particulière, et voilà que vous vous emportez. Que vous êtes soudain dans l'explosion !

Elle &endash; Il n'explose pas ! Il en en est bien incapable : il implose ! (à lui) Il suffit de regarder ta discographie pour comprendreŠ (au psy) On y retrouve tout ce que le répertoire a de plus cérébral. Par contre ce qui pourrait toucher à une vision plus romantique du monde y a été éradiqué. Même sous la torture, il serait incapable de jouer du Mendelssohn.

Lui &endash; Je ne vois pas ce que tout ça a à voir avec notre couple ?

Psy &endash; Si votre femme vous est apparue d'abord comment un violoncelle, on peut comprendre qu'elle s'intéresse à ce que vous allez lui faire jouer.

Lui &endash; Il s'agissait d'une image

Psy (vers elle, comme pour la prendre à témoin) &endash; Lorsque la voiture d'une princesse s'écrase dans le fond d'un tunnel, il s'agit également d'une image. La plupart des gens que ça émeut n'étaient pas là pour assister à l'accident.

Elle &endash; Autant le son a sur lui un pouvoir évocateur, autant l'image le laisse de marbre.

Lui &endash; Excuse-moi, mais lorsque dans « 1303 » tu évoques tes aventures extraconjugales, j'imagine sans la moindre difficulté. C'est même à mettre à ton crédit, les images que tu y développes sont extrêmement explicites, même pour un musicien.

Elle &endash; Au-delà de la femme amoureuse, il y a la femme engagée. Je ne comprends pas comment quelqu'un de sensible comme toi, peut rester indifférent àŠ. Par exemple à son combat contre les mines anti-personnels.

Lui &endash; Une ambassadrice de l'Unesco, tu veux rire. Si on lui avait demandé de s'engager à sauver les derniers exemplaires de la Traban, elle aurait étalé les mêmes sourires convenus, les mêmes poses idiotes !

(Soudain la lumière s'éteint)

Psy &endash; Tiens

Elle &endash; Je suppose que ça fait partie des techniques de thérapie, tout comme la sculpture ?

Psy &endash; Non, ce doit être une panne... Mais que ça ne vous empêche pas de continuerŠ

Lui &endash; C'est délicatŠ

Psy &endash; Au contraire. Peut-être est-ce une occasion à saisir. L'obscurité est propice aux confidencesŠ

Lui (à elle) &endash; Yvette, ma chérie, tout ce qu'il y avait à dire a été dit. Si nous en profitions pour nous en aller ?

Elle &endash; Tu veux dire, nous en aller sans payer ?

Psy &endash; Vous voulez dire, sans régler votre séance ?

Lui &endash; Non, rassurez-vous, je ne compte pas faire appel au FMI pour financer le sauvetage de notre couple. Ce que je vous propose, c'est de payer et d'en rester là.

(Ici ça repart dans l'hystérie absolue)

Elle (Hurlant, folle de rage) &endash; Tu es fou ! Il est fou ! Cela fait plus de six mois que ce livre est sorti, et mon mari semble ne pas réaliser l'ampleur du problèmeŠ Je finirai par croire que tu n'es qu'une brute ! Que faut-il te dire pour que tu ouvres les yeux ? Que le titre que j'avais d'abord donné à ce livre était « 1472 » ? Et que c'est seulement pour t'épargner que j'ai réduit le palmarès de 150 unités ?

Lui (très calme) &endash; Mais enfin, qu'espères-tu que ça change. Nous vivons en parfaite harmonie depuis plus de douze ans. Nous restons passionnés par ce que nous faisons l'un et l'autre. Tu ne vas pas me demander de faire un trait sur tout ça, pour la simple raison que des artistes ont cherché à éprouver avec toi leur virilité ?

Elle (furieuse) &endash; Tu sembles ne pas réaliser ! Ces types m'ont mis leur sexe dans la bouche et à peu près partout où il y avait de la place, et toi, tu veux rentrer à la maison comme si de rien n'était ?

(Long silence. Il ne répond pas)

Elle &endash; Ca te ferait mal de répondre ?

Psy (à lui, élevant le ton) &endash; Je n'ai pas à prendre position, mais on peut comprendre l'énervement de votre épouse. À vous entendre, on serait enclin à se demander siŠ si vous l'aimez réellement?

Elle (exaspérée) &endash; Mais enfin, il ne m'aime pas, c'est une évidence ! Il n'aime que son putain d'instrument. Parce que vous imaginez Dodi Al Fayed écoutant sans frémir la princesse lui confier le nom des 1500 officiers qui lui seraient passés sur le corps, et lui dire : Chérie si nous rentrions à l'hôtel, plutôt que de chercher des problèmes qui n'en sont pas ?

Psy &endash; C'est une forme de lâcheté typiquement masculine...

Elle (rageuse) &endash; Tu n'as donc aucune fierté ?

Psy &endash; Une forme de machisme que l'on retrouve d'habitude plus chez les prothésistes dentaires et les moniteurs de ski, que chez les musiciens classiques.

Elle &endash; Tu espères sans doute me voir rentrer la tête basse, sans avoir à me confronter à un minimum de désapprobation ou de dépit ? Tu rêves mon pauvre vieux !

Psy &endash; Votre épouse a raison, se retrancher dans le mutisme ne sert à rien !

Elle &endash; D'autant que ton silence est celui d'un homme qui a roulé jusqu'à l'âge de treize ans sur un vélo de fille

Psy - Avec des petites roues à l'arrière

Elle &endash; Oui, en plus avec des petites roues à l'arrière

Psy &endash; Ce n'est plus du silence, c'est un aveu!

Elle (hurlant) &endash; Ce n'est pas un aveu ! C'est simplement du chantage affectif ! Il ricane sur le sort des victimes des mines anti-personnelles, et lorsqu'il s'agit des hommes qui m'ont littéralement « sauté » dessus, il se tait

Psy &endash; Il ne se tait pas, il se terre !

Elle &endash; C'est ça ! C'est précisément ça William, tu crois te taire et en fait tu te terres !

(long silence)

Psy (soudain très calme) &endash; C'est un phénomène de reflux que Jacques Salomé a longtemps étudié, et dont on retrouve des traces jusque dans le comportement affectif des cachalots

Elle (se remettant à hurler) &endash; Evidemment, c'est plus simple de vouloir régler ça par acuponcture.

Psy (furieuse) &endash; J'ai toujours considéré l'acuponcture comme la tauromachie des impuissants !

Elle (s'égosillant) &endash; Eh bien vous en avez à présent la preuve. William... tu n'es qu'un cachalot !

Psy (à lui, explosant) &endash; Je suppose que vous vous payez ma tête. Vous restez bloqués dans le tunnel du Saint Plomb à cause d'un camion suédois en flammes , vous considérez que votre instrument, le violoncelle, est trop encombrant, et vous voudriez nous faire croire que vous n'avez pas de responsabilité dans le naufrage de votre couple.

(Elle allume son briquet. Lui n'est plus dans la pièceŠ.)

Elle &endash; Mais où est-il passé ?

Psy &endash; Ecoutez, je n'en sais rien, c'est votre mari !

Elle &endash; C'est mon mari... C'est mon mari que vous traitez de cachalot et d'impuissant depuis plus d'un quart d'heure, et vous vous étonnez qu'il soit parti ?

(La lumière se rallume)

Psy &endash; Ah, voilà au moins déjà un problème de régler.

Elle (elle cherche autour d'elle) &endash; William ?!? William ?!?

Psy &endash; Excusez-moi... Mais j'aimerais profiter de l'absence de votre mari pour vous poser une question

Elle &endash; Mais enfin, pourquoi m'a-t-il laissée ainsi ?

Psy &endash; Parmi vos aventures, vous est-il arrivé de croiser des membres de la bande à Bader ?

Elle &endash; De la bande à Bader ? Pourquoi aurais-je croisé un membre de la bande à Bader ?

Psy &endash; De la bande à Bader ou de la mouvance anarchiste allemande en général. De tout temps les milieux artistiques et les groupuscules activistes ont fait preuve de perméabilité. Je me disais que dans les 1572, il y avait peut-être eut un membre de la bande à Badder.

Elle &endash; William !?! Pourquoi m'a-t-il abandonnée? (Vers elle) Absolument pas ! Jamais un membre de la bande à Badder n'a posé la main sur moi. Et puis de toute façon, quel rapport avec ce qui m'amène ici

Psy &endash; C'est sans importance. C'est réellement sans importance... Je songe juste à l'article d'un collègue de Munich qui évoque la libido des terroristes allemands des années 70 et la compare à celle des populations Maoris du nord de la Nouvelle-Zélande. Si vous aviez eu l'occasion d'en rencontrer un, vous auriez sans doute pu m'éclairer sur cette comparaison. Ne connaissant rien aux Maoris, je me demandais ce que leurs pratiques sexuelles pouvaient avoir de particulier. Ce qui m'aurait par ailleurs éclairée sur les conditions des détenus politiques allemands... Mais c'est sans importance....Par ailleurs, vous évoquiez à l'instant « ce qui vous amenait ici »... J'y pense soudain : qu'est-ce qui vous amène ici ?

Elle &endash; Ce qui m'amène ici ?

Psy &endash; Oui, ce qui vous a poussé à prendre rendez-vous, et fait opter pour la thérapie de couple ?

Elle (abattue) &endash; Pour être tout à fait honnête : je comptais sur William pour répondre à cette question. Mais une fois encore William a pris la fuite

Psy &endash; Ce n'est pas lui qui a pris l'initiative de ce rendez-vous. Manifestement il aurait préféré régler le problème autrement.

Elle &endash; William ne voit de problème nulle part, c'est bien là son problème. Après Tchernobyl, et malgré les risques de radiation, il a continué à manger des champignons sauvages en disant : il n'y a pas de problème !

Et il dit la même chose lorsque j'évoque la disponibilité de mon propre corps à s'offrir au premier venu, il dit : il n'y a pas de problème !

(Silence &endash; elle s'étend à nouveau sur le divan)

Psy &endash; Vous arrive-t-il de rêver ?

Elle &endash; C'est à moi que vous posez la question ?

Psy &endash; Oui, à qui voulez-vous que je la pose ?

Elle &endash; NonŠ Enfin d'habitude assez peu. Le dernier dont je me souviens date de plus de deux mois. Je roulais à l'arrière d'une moto

Psy &endash; Et si c'était votre mari qui la conduisait ?

Elle &endash; Non, c'était Ray Charles

(La porte s'ouvre brusquement, et lui reparaît les traits défaits)

Elle (se redressant) &endash; William, mon chéri !

Lui (pétrifié, haletant) &endash; Yvette !

Elle &endash; Mais enfin, où étais-tu passé ? Tu es si pâle !

Lui (hors d'haleine)&endash; Venise !

Elle &endash; Quoi Venise ?!

Lui (resplendissant) &endash; Venise est sous eau. J'étais dans la voiture à écouter la radio en t'attendant. Ils ont diffusé un bulletin d'information spécial. Les autorités italiennes sont des plus pessimistes. Il paraît que l'eau a atteint pour la première fois la première galerie du Palais des Doges. Ils ne savent absolument pas si la ville va pouvoir être sauvée. Ils pensent que... (des mains, il fait un geste évoquant l'affaissement)

Elle (ne sachant retenir ses larmes de joie) &endash; Oh william, c'est vrai ? Je suis si heureuse !

Lui (extrêmement ému)&endash; J'étais sûr que nous allions trouver une solution!

Psy &endash; Personnellement je n'en ai jamais douté ! Vous savez, en général nous sommes confrontés à des cas de figure autrement plus complexes.