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Il a 15 ans à peine, il y a 15 ans déjàhahaha, ma mémoire est incertai-neuh, mais mon coeur, lui, n'oublie pas… Ils auraient pu inviter Mort Schuman pour leur grande fête d'anniversaire, à la Semaine Infernale. Ha non, c'est vrai. Ça fait 22 ans qu'il est mort, Mort. Là, si ça se trouve, il est en train de boire un pot avec Jules Metz au Bar du paradis.

Le grand absent de ces retrouvailles, Monsieur Météo. Tous les autres étaient là, jeudi soir, pour l'enregistrement de cette émission spéciale : Philippe Geluck, Soda, Marc Moulin, Pierre Kroll, Laurence Bibot, Jean-Luc Fonck, Jean-Jacques Jespers, Philippe Gouders (alias Raoul Reyers), Juan d'Oultremont, Jean-Pierre Hautier, Eric De Staercke, Bruno Coppens, Nathalie Uffner et Aurelia Dejond qui a même sorti un livre pour l'occasion (1)… Olivier Monssens (1998-2002) manquait à l'appel, le seul de la bande - avec Hugues Dayez (1991-1997), « méchant man », absent lui aussi - qui soit parti en claquant la porte parce qu'il en avait marre de tourner toutes les semaines à travers la Belgique. D'autres ont filé plus en douce, comme Marc Moulin ou Philippe Geluck. La Semaine a frémi, après leur départ, puis, de l'avis général, a rebondi. Libérée, presque.

Si l'idée de Marc Moulin, il y a 15 ans, était de déconner un peu sur l'actualité de la semaine, le boulot des Semaineurs est vite devenu infernal. Et la pression, d'enfer. Comme la fois où ils ont enregistré à l'Euro Space Center, là-bas dans le sud, où leurs hôtes avaient placardé de grandes affiches « Quatre heures de fou rire garanti  ». Et vous avez remboursé ? lance la Bibot, cruelle. Ses petits camarades se gondolent. Demandent si les observateurs de l'Unesco sont bien dans la salle, poussent du coude Jespers-le-muet - muet mais toujours présent depuis que Jean-Louis Stalport, ex-administrateur général de la RTBF, a interdit aux journalistes de s'exprimer dans la Semaine…

Hors émission, ces bosseurs de chroniqueurs ne se parlent pas, ne s'appellent pas, le but du jeu étant de surprendre les copains et de les faire rire autant que le public. Ce sont des « Grosses Têtes » en plus intelligent, explique Pierre Kroll, accro depuis 1997. Quelqu'un comme Juan ne passerait jamais en France. On est des sales gosses dans la cour de récré. Mais c'est l''émission la plus généreuse qui ait jamais existé.

Et culte, évidemment. Avec les « Coucou m'gamin », les « Que devient Jean Vallée ? », les « Tchow dis, Wow dis » et tout ce jargon que les non-fans ne peuvent pas comprendre. Même Raymond Devos est un fidèle qui aurait lâché : Avec ce que vous écrivez en trois émissions, moi, j'ai fait toute une carrière ! Tu pousses le bouchon un peu loin, Raymond. Ça fait jamais que 15 ans que ça dure. Trop court pour une vraie carrière, ça. On en reparlera en 2018. Quand Lorie aura 36 ans. Et Madonna 60. Et qu'elles seront mieux en mesure de comprendre l'humour de potache de ces vieux garçons. Oups, pardon les filles.·

« Le jeu des dictionnaires », La Deux, 18h45 (de ce lundi à jeudi). (1) « Le jeu des dictionnaires et la semaine infernale », Aurelia Dejond, La Renaissance du Livre. Avec un CD.

JULIE HUON / Le Soir 17.3.2003

 

Ils ont retrouvé l'équipe infernale

Karin Tshidimba / La Libre  14/03/2003

Seize en scène. C'est le cadeau que se sont offert les piliers de la Semaine infernale et du Jeu des dictionnaires.Une belle façon de fêter leur quinzième anniversaire.Pour l'occasion, ils seront simultanément en radio, en télévision et en librairie.Ambiance du grand soir, jeudi à l'Espace Delvaux. Il est 18h15 et la salle est bondée jusqu'aux plus hauts gradins, quelques personnes s'entassant même sur les escaliers. Il faut dire que l'inconfort relatif de cette position est compensé par le fait qu'on enregistre les émissions anniversaires de la Semaine infernale et du Jeu des dictionnaires et que, pour l'occasion, le ban et l'arrière-ban de l'équipe sont réunis.

Soudain retentit l'appel aux noms des anciens et des nouveaux. Quelle joie pour les auditeurs fidèles de retrouver, ce soir, Soda et Philippe Geluck partis depuis sous d'autres cieux, Jean-Pierre Hautier et, surtout, Marc Moulin qui ont marqué toute une époque. Les voilà qui jouxtent les actuels fanfarons de 17 heures, j'ai nommé: Raoul Reyers -formidable wallonman et par ailleurs producteur de l'émission; Jean-Jacques Jespers, la figure du sage; Eric de Staercke qui tombe de la lune pour mieux fourbir ses saillies drôlesques ; Juan d'Oultremont venu avec trompette, massue et panoplie complète du fan exubérant; Laurence Bibot, hilarante en serial-killeuse de temps morts; Pierre Kroll, inégalable quand il revisite les évangiles; Bruno Coppens, formidable jongleur de mots; Nathalie Uffner, parfaite pince-sans-rire; Jean-Luc Fonck, poète du conte inégalé et Aurélia Dejond qui cultive ses airs de dévergondée.

Quatorze jouteurs visiblement très en forme et tout à la joie de se retrouver (là). Diantre, c'est que la soirée s'annonce agitée avec comme d'habitude l'enregistrement en rafale de cinq émissions (une Semaine infernale et quatre Jeux des dictionnaires) avec les petits bonus du jour: une captation de l'ensemble pour diffusion sur la deux du lundi 17 au vendredi 21 mars et un direct dans le JT vers 19h50. C'est dire si l'excitation de certains et l'angoisse des autres sont à leur comble -alors qu'on ne soulignera jamais assez à quel point l'exercice tient déjà du marathon!

Cinq heures de spectacle

A l'heure dite, le maître de cérémonie Jacques Mercier a d'ailleurs la plus grande peine à contenir une équipe déchaînée y allant de ses bruitages en tous genres (d'Oultremont et consorts), commentaires fort à propos (dirigés par Laurence Bibot), jusqu'aux jets d'eau d'un Geluck décidément sans merci.

Anecdotes en tous genres et bons mots à foison ont émaillé cette soirée où il fut également question des 20 ans du Chat, Philippe Geluck jouant simultanément le rôle de l'invité sans avoir à répondre aux questions. Ce soin a été laissé au «petit» de la bande qui, pour le plaisir des bons mots, avait convoqué d'anciennes définitions. Ainsi le public a-t-il pu regoûter quelques savoureuses madeleines: des épisodes inédits des Tilkin et du Docteur G parmi d'autres contes et délires des Fonck, Bibot, Kroll et Reyers que n'ont pas déparé les interventions de Soda et Nathalie Uffner. Le tout valait assurément le coup de les suivre et de les porter jusqu'à 23h30. Nous n'en dirons pas plus de peur de gâcher le plaisir du futur auditeur-téléspectateur...

© La Libre Belgique 2003