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Cinq minutes sans testostérone!

Mis en ligne le 09/02/2007

Mon Dieu, chaque jour l'histoire du monde nous en apporte de nouvelles preuves et impose le fait comme une évidence : il ne faut pas compter sur les publicistes pour nous sauver la planète !

Voilà que pour vendre la Mini Cooper, l'agence TBWA en appelle au concept de "test-ostérone". Déjà que dans sa version relookée, cette voiture, jadis si charmante et féminine, semble avoir subi le régime réservé aux seuls blanc bleu belges, mais voilà qu'ils en font une icône de la virilité polluante. Une voiture pour buveurs de Jupiler ! Une sorte de braquemart sur roues pour impuissant... La vache, on se dit qu'il ne doit pas y avoir beaucoup de femme AD dans les agences de communication.

Comme si ce n'était pas précisément ce perpétuel débordement d'hormones mâles qui était à l'origine de la plupart des maux qui nous affligent. De l'arrogance priapique des petits barons carolos aux éructations érectiles des Blokkers anversois. Des machos enragés des stades siciliens à la phallocratie ordinaire des Décideurs du Vendredi ! Des insultes sexistes d'André Rossinot à la gonflette cérébrale de JoeyStarr et l'affligeant Next de MTV... Ce tsunami endocrinien où l'on s'approvisionne en cigarettes à coup d'Opinel, a réussi à plonger ce début de millénaire dans la vulgarité d'une démonstration de pitbull sur la Raiuno.

En fait le monde, tel un adolescent attardé, explose sous les montées d'hormones mâles, avec des éruptions cutanées qui nous détraquent le climat, des érections intempestives dans les Eminences du Moshé Katzav et des cocktails molotov sur les façades d'écoles primaires en guise de pollutions nocturnes. Même les semelles compensées de Nicolas Sarkozy sont gonflées à la testostérone. Et je peux vous dire que le jour où elles vont lui péter au nez, Neuilly ressemblera à la Bande de Gaza. Et je ne vous parle pas des effets cumulés avec l'alcool qui, dans le métabolisme de Michel Daerden, révèle en lui le chantre de la goujaterie machiste.

Moi je dis : les créatifs de chez TBWA sont complètement givrés ! Déjà que j'ai toutes les peines du monde à réguler mon propre équilibre hormonal face aux jeunes mères de famille qui font leur Delhaize le même jour que moi et aux nombrils exhibés par mes étudiantes, et voilà que ces maboules en rajoutent une couche en nous faisant croire que le bonheur est de posséder cette boîte à sardine qui carbure au viagra. Le jour où ils obtiendront les budgets "com" du Vatican, ils réussiront sans doute à nous faire croire que ça fait viril d'aller à confesse. La croissance tant vantée par le libéralisme sauvage augmente un peu plus chaque jour la masse musculaire de la planète, au point que le monde finira par ressembler aux mollets hypertrophiés des coureurs de chez Quick Step. Même chez la chanteuse Diam's, les oestrogènes semblent avoir fait la belle pour laisser la place à un improbable produit de synthèse malique.

Et voilà qu'avec leur pub pour la Mini, ils inventent le concept d'Irresponsable Young Driver ! On se demande même si ce n'est pas un simple phénomène de compensation, dans la mesure où il s'accompagne d'une baisse très nette, due a la pollution, de la fertilité chez les kangourous, les ours polaires et la population mâle de Bierghes. On a l'impression que moins on peut, plus il faut faire croire qu'on pourrait ! Je propose donc une grande opération "Cinq minutes sans testostérone pour sauver la planète". Un répit symbolique dans cette insatiable montée de sève. En ce qui me concerne, ce sera à Virginie à trouver l'interrupteur. Ce sera son petit cadeau pour la St-Valentin...