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Coming out à la «Numismate et Philatélique Pride»

Mis en ligne le 09/05/2003

J'ai fait un rêve. Je me promenais samedi à proximité de la place Rouppe quand soudain j'ai vu débouler un char sur lequel étaient assis, un peu raides et coincés, une dizaine de types en cache-poussière. Lorsque j'ai demandé des explications à l'unique policier présent pour maintenir l'ordre, il m'a dit que c'était la «Numismate et Philatélique Pride». Une manifestation aussi joyeuse et débridée qu'une journée porte ouverte au service pneumologique de l'hôpital Reine Fabiola, qui regroupe néanmoins chaque année une bonne centaine de collectionneurs de timbres, de monnaies et de médailles anciennes. Des philatélistes amateurs ou professionnels. Des experts agréés de la Chambre Belge des Numismates. Des types à la peau un peu grasse qui sentent le café tiède, le Sidol et la gomme arabique, avec des pièces de cuir cousues sous les coudes de leur veston et de la lustrine aux manches de leur chemise, et qui descendent en cortège la rue du Midi au son de la musique d'André Rieu.

Lorsque je me suis approché de l'équipe de la RTBF qui couvrait la parade, Guy Lemaire était en train d'interroger un jeune type avec un long imperméable mastic et un cartable de témoin de Jéhovah, qui jusque-là, n'avait jamais osé avouer à ses parents qu'il collectionnait les timbres philippins et qui, paf, profitait de la présence des caméras pour effectuer son «coming out» et pour crier à la face du monde son amour pour les timbres en général et pour les timbres philippins en particulier.

Comme souvent en pareille occasion (surtout à quinze jours des élections), les partis politiques en avaient profité pour faire le déplacement. Enfin, je veux dire, les partis qui n'avaient pas trop envie de se compromettre avec les homos défilant dans les rues adjacentes. Avec surtout, une forte délégation MR à la tête de laquelle on retrouvait Jacques Simonet, qui en effet dépareille moins dans un cortège de philatélistes que sur un char de la gay pride. Suivi par Alain Courtois qui, en bon numismate, saluait la foule avec une raquette de tennis (quoi, vous n'avez jamais entendu parler du revers de la médaille?). A signaler également la présence remarquée du CDF, Dominique Harmel qui arborait sur sa chemise Ralph Lauren, la collection de médailles pieuses reçues pour sa grande communion. A ses côtés, on retrouvait Joëlle Milquet et ses enveloppes de timbres Soubry, ainsi que Louis Michel venu échanger les doubles de sa collection de timbres du Congo contre les timbres de Thaïlande ramenés de vacances par maître Clément de Cléty. Un cortège mêlant donc collectionneurs et simples curieux, qui s'est étiré interminablement durant plusieurs heures au son du slogan: «We want more!» repris de façon à peine audible par la petite voix aphone des leaders (et encore, il paraît que comme à la gay pride, ce sont les plus exubérants et les plus extravertis que l'on place sur les chars). «We want more!» Parce que c'est vrai que, comme le disait très bien un des participants, malgré les nouvelles lois autorisant le mariage entre collectionneurs de timbres, il y a encore du travail à faire pour que les mentalités changent.

Par exemple, s'il est à présent fréquent de retrouver un philatéliste parmi les membres du Loft, ou de voir un président de parti reconnaître sa passion pour les monnaies anciennes, certains milieux comme celui du rap ou de la danse de salon restent très numismatophobes...

C'est à cet instant que je me suis réveillé dans mon fauteuil, devant la TV allumée qui diffusait un reportage sur la gay pride. La vraie! On peut dire que c'était autrement joyeux et haut en couleurs. Avec cette année plusieurs centaines de milliers de jeunes participants qui chantaient en espagnol et scandaient des slogans en latin... C'est la ressemblance du char principal avec la papamobile qui m'a mis la puce à l'oreille. Un week-end de rêve en somme!

© La Libre Belgique 2003