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Halloween !

Mis en ligne le 11/11/2006

Il est des expériences qui s'apparentent à des catharsis. De ces révélations décisives dont on ne sort pas indemne. Des conversions imprévisibles façon Saint Paul sur la route de Tarse. Des chocs extrêmes qui d'emblée vous ouvrent des perspectives insoupçonnées. Des traumas dont la seule évocation vous fait dresser le poil sur les avant-bras, dans le genre : votre avion s'écrase et vous êtes le seul survivant. Ou encore : vous reprenez connaissance après 17 années de coma profond et l'infirmière qui vous accueille à votre réveil a le visage de Danièle Gillemon. Voire même : perdu depuis un mois dans les Andes vous êtes obligés de manger votre guide pour ne pas mourir de faimÉ Des exemples qui évoquent des séismes existentiels, des vertiges abyssaux, des apocalypses domestiquesÉ

Il est évident que je ne vous bassinerais pas avec ces situations, si moi-même je n'en avais été l'objet la semaine passée. Oui, la vie m'a infligé une de ces expériences fondatrices, et c'est miracle si je suis en mesure de vous en faire part aujourd'hui. Oui, depuis je regarde le monde et les gens avec la sérénité d'un moine bouddhiste hutois. Je n'ai plus peur de mourir. Tout ce qui m'arrivera dorénavant sera de l'ordre du cadeau... Hé ! Hé ! Là, je vous sens impatients de connaître la nature exacte de mon expérience. C'est à la fois simple et saisissant : j'ai fait mon Delhaize le jour d'Halloween ! Je veux dire par là que j'ai fait mon Delhaize le jour où, répondant à je ne sais quelle initiative, les caissières se sont retrouvées transformées en citrouille, sorcière et autres revenants blafards. La vache de choc ! J'ai eu l'impression d'apercevoir une lumière intense au bout du self scanning, pendant que ma vie me défilait devant les yeux à la vitesse de l'éclair. Mon Dieu, tout le stock de chez Picard en démonstration sur 15 caisses de large! Un peu comme si que Franco Dragonne avait racheté la chaîne de distribution. Mais enfin, bordel de tètes, le travail de caissière n'est-il pas assez ingrat comme cela pour qu'on leur impose l'exercice, à cheval sur des ballets de sorcière, avec dans la bouche des dents de vampire et des toiles d'araignée pendant sous les aisselles. Évidemment j'aurais dû sentir venir le vent. En effet, le 21 juillet, elles s'étaient déjà retrouvées avec des petits drapeaux belges dans les cheveux, et pour l'ouverture de la foire au vin, on leur avait fait porter des gros nez rouges. Mais de là à les retrouver relookées par le Palais des cotillons et maquillées par Jean-Pierre Finotto, il y a de la margeÉ C'est bien que j'avais dans ma charrette les quatre dernières boîtes de biscuits Biarritz « promotion 20% en plus », sinon j'aurais pris mes jambes à mon cou. Maltraiter de la sorte les caissières de « mon » Delhaize ! Que dis-je, « mes » caissières ! Madame Santandréa ! Madame Valmitout !... D'honnêtes mères de famille, des épouses aimantes qu'une logique mercantile débridée avait obligées à se travestir en macrâles. Et quoi, va-t-on les condamner à s'enfiler des préservatifs sur le crâne pour la Saint Valentin ? À porter des chapeaux à plumes de colibri pour la fête de la dynastie ? À se déguiser en rondelle d'oignon pour l'arrivée des maatjes ? Faudra-t-il qu'Al Gore réalise un film sur les caissières de mon Delhaize en période d'Halloween, pour que cessent enfin ces pratiques avilissantes ? Moi je dis : stop aux caissières travesties ! Est-ce que les gardiens de Lantin seraient prêts à se déguiser en pom-pom-girl les jours de match de coupe du monde ? Non ? Eh bien voilà !