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Illu PHILIPPE JOISSON

Une nouvelle géographie de la terreur

Mis en ligne le 11/09/2004

De deux choses l'une, ou c'est moi qui vire neurasthénique, ou ce sont les événements du monde qui n'offrent plus une once d'occasion de rire. Pour être honnête et comme je ne tiens pas particulièrement à ressortir mes comprimés de Prozac et de Serlain, je préfère charger le monde un maximum... La vache de chez vache! On ne peut pas dire que ces derniers temps l'actualité se soit fournie au Palais des Cotillons! Question coussin péteur, on est définitivement passé à la ceinture de TNT nouée autour de la taille... Et pourtant moi, je le jure, je suis prêt à conserver le moral et cela malgré l'épineux problème des pièces de un et deux cents. Je suis prêt à garder le sourire en dépit des ralentissements à hauteur de Transinne... Mais il y a des limites! J'ai passé en revue tout ce qui s'était dit et écrit à propos de la prise d'otages dans le Caucase et sur le double attentat de Béer-Chéva. J'ai suivi jour après jour les événements du Darfour et les détournements d'avions russes. Et bien, curieusement, je n'y ai rien trouvé qui puisse faire poiler. Attention... peut-être est-ce moi qui ai perdu mon second degré... Mais admettez que c'est quand même hallucinant! En l'espace d'une génération, le programme de géographie sera passé du traditionnel tableau des capitales à apprendre par coeur «Honduras: Tegucigalpa, Burkina Faso: Ouagadougou, Trinidad et Tobago: Port d'Espagne, Malte: La Valette, Mali: Bamako...», à une nomenclature de l'horreur que nos enfants devront sans doute connaître sur le bout des doigts : « Ebron: assassinat ciblé, 3 morts - Rostov sur le Don & Toula: explosion de Tupolev, 90 victimes - Weimar: incendie, 30.000 ouvrages détruits - Beslan: prise d'otages, 350 victimes... » avec, en plus, le flingue de Madame Balfroid pointé sur la tempe de nos petites têtes blondes pour qu'elles ne mettent pas un «f» à la fin de Tupolev...

Mais enfin bordel de tettes, faut-il se résoudre à cette géographie de la terreur? Est-ce que les Tchétchènes ne pourraient pas de temps à autre nous annoncer l'ouverture d'un parc d'attractions Six Flags? Les Soudanais ne pourraient-ils pas nous proposer eux aussi des images de la rentrée scolaire de leur princesse héritière? Et une Roller Parade, ils y ont pensé les autorités de Ramallah à organiser une Roller Parade? Ce serait trop leur demander de faire preuve d'un peu d'imagination?

D'autant que dans cette logique d'angoisse, on se retrouve dans l'attente permanente de la prochaine catastrophe: le retour de Daniel Ducarme, la découverte de mérule dans le tout nouveau bâtiment du Berlaymont ou, pire encore, l'organisation d'une «Année Serge Reggiani»...Allons, restons optimistes et concrets... Dans quatre ans, après le second mandat de George W Bush, le monde pourra enfin tourner la page et se remettre à espérer des jours meilleurs... (oui, si on en croit les sondages, on s'est réjoui un peu vite de sa défaite. Quand on sait que seuls 50% des Américains votent et que, statistiquement, ils font partie des classes les plus aisées, on se dit que pour renverser la vapeur, la sauce Heinz ne va pas suffire et que Kerry risque d'avoir besoin de Franco Dragone...)

Heureusement dans quatre ans, le petit Sarkozy sera à l'Elysée et ça, ça risque d'être drôle... Surtout l'accolade lors de sa première rencontre officielle avec Ariel Sharon, sur le tee shirt duquel il risque de se retrouver imprimé... Ah, quand on aime, on n'étreint jamais assez fort!

© La Libre Belgique 2004