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Révélations en VHS au pied du sapin

C'est dingue. On devrait installer à nos frontières des panneaux indiquant: « Quitter la Belgique peut provoquer des lésions irrémédiables! ». On est tellement habitué à notre logique bien à nous, que se confronter à celle des autres provoque une sorte de vertige. Et c'est vrai que, comparé à nos incendies de clubs de pétanque, les événements du monde apparaissent d'un fade et d'un toc! Ainsi, j'ai passé la semaine dernière à la Biennale de Lyon. Je ne vous dis pas la vache de décrochage dont mon métabolisme a été l'objet. Une semaine entière, sans entendre parler de... Pascal Vrebos! J'ai eu beau voir les oeuvres d'art les plus étonnantes, elles n'ont pas réussi à combler la sensation de manque. J'ai bien essayé de leur expliquer, aux Français, qui était Pascal Vrebos: sans doute le seul journaliste au monde qui continue ses émissions politiques alors qu'il fait partie du Conseil supérieur de justice, et qu'il est par ailleurs conseiller du ministre de la Culture. On suppose que (comme il est aussi auteur dramatique) le premier conseil qu'il va lui donner à Ducarme, c'est de placer à la tête du Théâtre National, un metteur en scène prêt à monter ses pièces. On croyait que des plans pareils, on n'en trouvait que dans les marchés d'armes avec le Libéria ou dans la distribution des places VIP de la tribune du Football Club de Seraing. Eh bien pas du tout! Et encore, je n'ai pas osé leur dire à mes amis lyonnais, que Daniel Ducarme a également promis à Pascal Vrebos de soutenir sa candidature comme patrimoine immatériel de l'humanité. Immatériel, Pascal Vrebos? Sur ce point précis, ça ne va pas être simple - ou alors, c'est que durant mon absence, il a beaucoup maigri.

Bien sûr, la rosette de Lyon, les vidéos de Paul Mc Carthy et l'époustouflante installation de Mike Kelley ont eu raison d'une partie de ma vigilance belgo-belge. Question actualité locale, j'ai dû rater quelques chapitres. Ainsi, à mon départ, on en était encore à la suppression annoncée des actions au porteur. Je suppose qu'entre temps Francis Delpérée, Eddy Merckx et Julos Beaucarne auront déposé un recours au Conseil d'Etat pour qu'on leur permette au moins de conserver leur titre.

Et puis, durant toute ma semaine à traîner dans les bouchons lyonnais, je n'ai cessé de me répéter: pourvu qu'il ne clôture pas le procès Cools avant mon retour! D'autant que j'ai quitté la Belgique en plein épisode de la cassette. Celle des aveux d'Alain Van der Biest que prétend posséder un de ses anciens codétenus. Et ça, c'est chouette, parce que question cassette, moi aussi j'en ai quelques-unes qui pourraient faire du bruit. Par exemple, j'ai celle où Nick Rodwell jure qu'en épousant Fanny Remy, il ignorait qu'elle était la veuve d'Hergé. Celle où, à la veille de son mariage, les amis de Marc Uyttendael l'obligent à sonner à la porte du Palais de Laeken, déguisé en Guy Gilbert.. Je possède aussi un enregistrement dans lequel Jo Dekmine, en larmes, avoue que c'est lui qui a enlevé Malvira, et cela parce qu'il ne supportait plus la ressemblance avec la fameuse marionnette. Celle où Patrick Dewael révèle qu'au moment où il a accepté le portefeuille de l'Intérieur, son cerveau avait déjà commencé à être remorqué vers un port irlandais pour y être désamianté. Et puis ce témoignage dramatique où madame Dupuis reconnaît avoir passé plusieurs soirées avec Guy Spitaels à regarder des vieux épisodes de Benny Hill. Sans oublier le coffret de douze cassettes avec les aveux complets de Stephane Steeman. Et puis aussi, celle où le groupe Urban Trad s'apprête à piquer le texte de la bénédiction de Noël du pape pour son prochain tube. Celle où Michael Jackson indique l'endroit où il cache Vincent Decroly. Je pense même avoir gardé des cassettes vidéo où l'on aperçoit Léon Dewal voler une console Nintendo à la Fnac de la Place St Lambert. Sans oublier un document terrible ou Josy Dubié, est en train de lire le mode d'emploi de son magnétoscope pour enregistrer le reportage sur Philippe et Mathilde... Avec de tels trésors dans ma vidéothèque, je suis sûr de passer un bon réveillon. Allez, bonne année à tous...

© La Libre Belgique 2003