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Vieilles branches!

Mis en ligne le 13/12/2008

Si l'époque est au jeunisme et aux cures de jouvence mêlant le botox à la DHEA, il subsiste heureusement parmi nous quelques vieilles branches encore vertes qui font honneur à notre condition d'humain. Quelques vieux croûtons sur le cerveau desquels le temps et les chansons de Vincent Delerm semblent ne pas avoir de prise. Quelques vieillards indignes abonnés à Siné Hebdo. Quelques intellectuels sans âge dont la pensée reste en érection Ainsi, la France fêtait ces jours-ci le centenaire de Claude Lévi-Strauss. Un siècle pile poil, que naissait à Bruxelles cet anthropologue dont le patronyme renverrait plutôt aux jean's 501 et à la toile de Nîmes qu'aux tribus amérindiennes qui furent l'objet de ses observations. Quand on sait que cette même année vit l'invention du silencieux pour arme à feu et du filtre à café, on se dit que 1908 reste un millésime plutôt intéressant. Claude Lévi-Strauss, le père du structuralisme, le pourfendeur de l'ethnocentrisme et de la conception bovine de la société de masse. Claude Lévi-Strauss, le digne héritier de Jean-Jacques Rousseau et du Robinson Triporteur. Le chantre de la pensée sauvage. Claude Lévi-Strauss qui, dans un livre paru en 1949, tentait de dénouer les écheveaux de la parenté, en abordant ce tabou fondateur qu'est l'inceste. L'inceste: voilà-t-y pas un bon sujet pour un billet d'humour? Lévi-Strauss en considérait moins l'interdiction sous un angle moral que sous celui de la survie du groupe. En effet, l'obligation de prendre une femme en dehors de la famille, oblige à concevoir des alliances avec des étrangers. Ceux qui cèdent à la faciliter en préférant les fesses de leur mère ou de leur sur n'ont pas compris cette évidence: l'échange est ce qui scelle la paix entre les clans. En lisant les chroniques qui honoraient ce prestigieux centenaire et en les associant au récent mariage de Wilfried Martens avec Miet Smet, j'ai été l'objet d'une révélation majeure. Flashé comme si j'avais pris le tunnel Belliard à du 120 à l'heure. La vache! Voilà donc le nud du problème. La Belgique est un pays incestueux. Le pèlerinage de l'Yser et la fête du peuple fouronnais: tout juste des petites partouzes en famille. D'accord, on imagine mal Armand De Decker et Kris Peeters en adeptes de l'échangisme, et pourtant c'est une évidence: ça ne frouchel pas assez entre les deux parties du pays. Là où on s'acharne à renouer le dialogue, c'est d'une véritable copulation communautaire dont la Belgique a besoin. Un grand coït interfédéral. Qu'on s'embrasse avec la langue, soit, mais dans la langue de l'autre. On ne demande pas à Frank Van Hecke de larguer Marie-Rose Morel pour Olivier Maingain. Non, ce qu'il nous faut c'est une réforme de l'Etat signée au Moda Moda. Qu'on surprenne Joëlle Milquet flirtant avec Marino Keulen, Annemie Turtelboom avec Rudy Demotte, Philippe Monfils avec Bert Anciaux. Que Tia Ellebaut soit enceinte, ok, mais alors d'Axel Merckx ou de Jean-Michel Saive! Attention, qu'on ne s'y méprenne pas, il n'est pas question de transformer le Sénat en club libertin ou en hammam, mais tout juste que le paysage politique soit moins consanguin. Ne me dites pas qu'il n'y a pas la moindre parlementaire VLD pour s'accoupler avec Paul Magnette? Je ne parle pas de reproduction hermaphrodite comme le propose Rudy Aernaudt. Non, ce qu'il faut, ce sont des montes interfédérales, des fornications transfrontalières, des saillies extra-communautaires. Je propose que les logements sociaux d'Overijse ne soient accessibles qu'aux couples mixtes et que le message de Noël du Roi soit diffusé en direct du Cap d'Agde Allez, gageons que pour son cinquième mariage, Wilfried Martens jettera son dévolu sur une politicienne wallonne. On pourrait même inscrire cette priorité dans le Plan Marshall