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Bon anniversaire Sigmund

Mis en ligne le 13/05/2006

La vache, c'est précisément le jour où l'on commémore le 150e anniversaire de la naissance de Sigmund Freud que le journal le Soir me propose de poser en jupe dans son nouveau supplément Victoire. Je tiens donc à rassurer ici ma très jolie femme de ménage et les caissières de mon Delhaize habituel : il ne s'agit en rien d'un problème d'identité sexuelle ou de traumatisme lié à la petite enfance, c'est le simple fait du hasard !...

Évidemment, question anniversaire, Freud c'est moins consensuel que Mozart. D'abord parce qu'il était juif, et qu'un juif autrichien dans les années 30 n'avait pas besoin de se promener avec un MP3 pour risquer sa vie à chaque coin de rue - encore qu'il n'est pas question ici de stigmatiser les Autrichiens qui sont des gens qui n'ont pas facile tous les jours. Ensuite, parce que si les théories freudiennes se sont imposées comme la religion dominante engendrant réformes, contre-réformes et excommunications, elles n'en restent pas moins une religion sacrilège où la science flirte avec le rêve, où ce sont les actes manqués qui font sens, et où les plongées dans l'inconscient s'apparentent aux apnées de Jacques Mayol. Sortir la névrose du domaine de la tare organique ou congénitale, ce n'est pas moi, le grand consommateur de Xannax 5mg, qui vais m'en plaindre.

Attention, je ne suis pas un spécialiste, et pourtant je dois l'avouer : la première chose que j'ai faite en débarquant à Vienne, avant les gâteaux du café Landtmann et les bâtiments d'Otto Wagner, c'est bien l'incontournable pèlerinage jusqu'à l'appartement de la Berggasse. Ainsi je me suis retrouvé dans l'imposant escalier menant à son cabinet avec la fébrilité de Lou Andréa-Salome se rendant à son premier rendez-vous… Au-delà des rancoeurs et des remises en cause cognitivo-comportementalistes, je ne pouvais m'empêcher de dresser la liste de tous ceux que j'admire (ou que je déteste) et qui, sans lui, auraient sans doute fini dans des camisoles de force. Imagine-t-on un seul instant les films de Woody Allen sans Freud ? Et qu'en serait-il des dessins de Robert Crumb sans les sollicitations contradictoires de la libido ? Parce que vous pensez que sans le complexe d'Oedipe, nous aurions eu droit à « La Mer » de Charles Trenet ? Sans parler de celle de Pedro Almodovar ou pire, celle de Sylvester Stalone ? Et puis, sans Freud, pas de Bunuel, pas de Thomas Berhnard. Et bien sûr, pas se Lacan qui habitait rue de Lille, ni de Gainsbourg qui habitait la rue de Verneuil, juste derrière. Sans ses expériences d'hypnose, pas de TF1, ni des soporifiques chansons de Vincent Delerme. Sans les « Etudes sur l'hystérie » pas d'émission d'Arthur, ni de soldes chez Harrod's. Sans les associations libres pas de Magritte, pas de Breton, pas d'écriture automatique. Sans son attention pour les lapsus et les actes manqués, pas de Dominique de Villepin, et surtout pas de Georges Bush Junior. Sans l'interprétation des rêves pas d'Eraserhead de David Lynch. Sans Freud et ses expériences de cocaïnomane, pas de Doors et encore moins de Timothy Leary …

Avec en tête de ce panégyrique, le patron des meubles Maieux qui n'aurait jamais pu s'y engager avec toute son équipe, si Freud n'avait à ce point assuré le succès du divan une place…

Et puis, sans les théories cliniques du bon docteur, j'aurais surtout dû faire mon service militaire. En effet, on m'a réformé après que j'ai passé plusieurs jours durant à épousseter avec ma brosse à dents les feuilles des arbres de l'hôpital militaire. Je voulais bien faire la guerre, mais il fallait que tout soit très propre… Bon anniversaire Sigmund !