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Morne rentrée pour les enfants de politiciens

Mis en ligne le 12/09/2003 - Illu Serge Dehaes

Chaque année à cette époque, c'est le même drame. Fin août-début septembre, la tragédie se reproduit, déchirante! Child Focus est inondé d'appels d'enfants éplorés dont le drame est trop souvent étouffé... Ces Poupette Kubla, Pauline Milquet, Raoul Daerden, Gregory Harmel, Gino Di Rupo, Mamine Mathot et autres Charles Michel... Tous ces enfants de parlementaires, de ministres, de responsables de parti, obligés d'accompagner chaque année leurs parents... aux traditionnelles universités d'été et autres rencontres de septembre organisées à la veille de la rentrée politique. Des journées pluvieuses, sans télé, sans console Nintendo et surtout sans Nutella, à passer de la tente du MOC à la Librairie Bio-Santé, du stand Salvador Allende au point de rencontre Culture et Démocratie... Des heures longues comme des envois Non-Prior, à glander dans la boue sous des guirlandes de ballonnets gonflables... Mais enfin, pourquoi ça ne se passe jamais à Six Flags Belgium ou à Bobejaanland, les universités d'été?

Déjà que pour un délégué FGTB motivé, la perspective d'un week-end à Chevetogne a de quoi rappeler les livres d'Alexandre Soljenitsyne...

Déjà que pour un humaniste du centre, un week-end à la cascade de Coo peut sembler aussi long que la détention d'Ingrid Betancourt.

Déjà que pour un militant écolo de base, trois journées dans le riant centre de vacances de Borzée renvoie immanquablement aux souvenirs du siège de Sarajevo...

Mais alors, imaginez ce que cela représente pour leurs enfants, ces pauvres mioches traînés de force aux initiations de cannage proposées par Francis Delperée; inscrits d'office aux ateliers «Tartes au sucre et Généalogie» organisés par le MR; obligés de participer à la Promenade Socialiste de 17 kilomètres prévue juste à l'heure où d'habitude ils regardent Star Academy! Pauvres gosses!

Evidemment, les activités varient suivant la sensibilité des partis...

Ainsi, les rencontres CDH proposaient cette année un atelier maquillage destiné à vieillir les enfants de moins de 16 ans, afin de leur permettre de continuer à acheter leurs fardes de Saint-Michel sans filtre.

Dans le cadre des journées Réformateur, le stand du CERAN (avec son atelier «Je serai bilingue à la fin du week-end») jouxtait l'atelier découpage où les moins de 8 ans pouvaient s'exercer sur des actions Delhaize dont on leur apprenait à détacher les coupons. Le tout à deux pas du grand circuit Scalectrix que les adultes (Philippe Monfils en tête) ont bien sûr monopolisé une grande partie du week-end.

Avec, tout parti confondu, les sempiternelles initiations au djembé et autres démonstrations d'accordéon diatonique, à vous dégoûter une fois pour toutes de la musique (avec pour le MR, le disque de Silvio Berlusconi diffusé en boucle durant tout le week-end)... Mais enfin, ils n'ont jamais entendu parler de Venus et de Bon Jovi, les politiciens de chez nous?

Quoi qu'il en soit, c'est sans conteste pour les enfants des écolos que l'expérience s'avère la plus traumatisante. Vous imaginez la fille d'Evelyne Uyttebrouck obligée de porter son pull des Andes malgré les 22°, et de dessiner trois jours durant avec des crayons respectueux de l'environnement - alors qu'au même moment, le fils de Didier Reynders dessinait avec des marqueurs fluos bien flashy. Avez-vous seulement songé au petit frère de Jean-Marc Nolet obligé chaque matin de choisir entre l'atelier araignée ou l'atelier compost? A la fille de José Daras inscrite par son père à l'atelier dreadlocks? Autant vous dire que même ceux provenant de la région de Spa-Francorchamps préfèrent encore se faire casser la gueule par leurs petits camarades de classe à cause des positions de leurs parents, plutôt que d'être obligés de commencer leur journée à Borzée devant un bol de porridge Max Havelaer à la cassonade. De là à envier le sort des enfants soldats, il n'y a qu'un pas... que je ne franchirai pas!

© La Libre Belgique 2003