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Johanna de Tessières

On ne se moque pas des gros

Mis en ligne le 14/1/200§

Difficile de parler d'autre chose. A part le dixième anniversaire de la mort de Mitterrand, on ne voit pas bien dans l'actualité, ce qui pourrait faire le poids. Impossible d'ouvrir le journal où la radio, sans être noyé sous les détails, sous les photos, confronté à des reportages où les témoignages de sympathie répondent aux accusations les plus lapidaires. Manifestement ce début d'année restera dans les anales comme celui d'une seule et unique nouvelle : Miss Belgique aurait magouillé pour obtenir son titre ! Evoquant 28 000 sms suspects envoyés en sa faveur, la presse flamande n'hésite pas à parler de fraude à grande échelle. Virginie Claes, la tricheuse ! Un peu comme si, pour être sûr de rester roi, Albert II avait truffé de milliers de fèves, sa galette de l'Epiphanie… (L'Epiphanie, à ne pas confondre avec l'épitaphe à Annie, qui est le texte qui sera gravé sur la tombe d'Annie Cordy). En somme, une affaire aux multiples rebondissements, qui a failli éclipser l'attaque cérébrale dont a été victime Ariel Sharon. Une attaque cérébrale, vous dites ?! Si ça devait se confirmer, la riposte de Tsahal risque d'être impitoyable ! Sûr que des maisons vont encore être détruites…

Ah, s'il y en a un qui méritait les titres de monstre sacré, de dinosaure, c'est bien lui. C'est même curieux qu'un homme aussi impitoyable et brutal ai pu être aussi gros. A part le roi Baudouin et l'Abbé Pierre, dans un casting réussi, les méchants sont plutôt maigres et décharnés. Le plus souvent rongés par la culpabilité et la mauvaise conscience.

Lui, Ariel Sharon, c'est l'inverse. Et si, comme le prétendent certains, il était sur le point de devenir une colombe, je ne vous dis pas la grandeur de la feuille de vigne nécessaire pour emballer le pigeon. Sans parler de la quantité d'airelles nécessaire pour l'accommoder, le jour venu…

Dans son cas, il est difficile de dissocier sa corpulence de sa stature politique, d'où le vide abyssal que provoque sa soudaine sortie de scène. Si l'on fait abstraction des rodomontades post-atomiques du président iranien et des vociférations des Martyrs d'Al Aksa, on est bien forcé de constater que l'appel d'air provoqué par son départ flanque le vertige à la planète tout entière. Une sensation que doit connaître Marc-Olivier Fogiel au moment ou Guy Carlier sort du bain. Un paradoxe adipeux qui fait que c'est la gauche israélienne qui le regrette le plus, talonnée au poteau par Abou Mazen et le Fatah, et par les membres du Kadima qu'il venait à peine de fonder. Sa disparition laisse tant de place à occuper qu'on se dit que seule Magali de la Star Academy pourrait lui succéder. Et tout cela pendant que George Bush et sa femme prient pour son rétablissement…

Au-delà de sa férocité et de sa roublardise (et des quelques casseroles électorales qu'il a traînées derrière lui), le vrai génie de Sharon c'est d'être devenu physiquement incontournable. Dans ce début de millénaire, il est peu de leader dont l'excès pondéral ait incarné à ce point les avanies qu'il entendait faire subir à ceux qui se dressaient sur son chemin. Dans sa massivité et dans sa présence écoeurante, même le mur de sécurité semble avoir été fait de sa propre chair.

Et voilà qu'à l'heure où j'écris ce billet, cette immense quantité de cholestérol lutte contre la mort. En principe, c'est beau un vieux qui résiste, ça donne envie de croire en la possibilité d'une rédemption. Envie de croire qu'en fin de compte ce sont moins les palestiniens qui ont subi ses sévices, que les amortisseurs de sa voiture blindée … Pourtant il faut bien admettre que s'il avait vécu en territoires occupés et dû subir les vexations des check points, son ambulance aurait mis trois heures avant d'arriver à l'hôpital… Le temps de transformer son émoragie en tsunami fatal…

Tiens ! Il paraît que c'est en s'inspirant de son tour de taille que les flamands on inventé le Gordel… C'est vrai cette histoire ?

 

 

Lettres d'injure reçues suite à la parution de ce billet

 

On ne se moque pas du vide ! ou Juan d'Oultremont tel qu'en lui-même, Semeur de la famine intellectuelle contemporaine, tout dans son attitude rappelle le vide absolu. Âme creusée par le néant et squattée par la frivolité, la tête auréolée de sa nullité éblouissante, le corps somnambulique se dandine dans ces postures qui évoquent la sclérose des assommés. Sphyncter oraculaire atteint d'une incontinence verbale actionnée par cette imbécile gymnastique des mâchoires, cette robinetterie orale débite des sous-maximes pressées en jus de consensualités et du concentré de vanité. Déchets cérébraux passe-partout rendus par hoquets, le convenu et le convenable sont dégobillés par contractions spasmodiques, éjectés dans un jet de novlangue composé de revomi, une vague fétide imprégnée de cet humanisme rance, travesti depuis longtemps en humanolâtrie béate.

Claire Lejeune, Bruxelles

 

J'ai honte. C'est avec dépit que je prend le clavier pour vous dire, Juan d'Oultremont, que vous me faîtes honte. J'ai lu vos mots obscènes jetés sur Sharon, ces mots qui ne sont qu'insultes, saletés et médiocrité. Je me suis demandée à qui exactement vous les adressiez ces mots ? A qui pensiez-vous plaire ? Aux Belges qui lisent le torchon qui a accepté d'éditer ces mots sans moralité, sans humanité, indignes d'un peuple civilisé ? Si je peux comprendre que vous n'aimiez pas la politique et certains comportements de M. Sharon, je ne peux pas comprendre que vous manquiez totalement de sens du sacré. Non satisfait de juger et de condamner les actes de l'homme politique, vous utilisez la dérision physique pour arriver à vos fins. Mais au moment où vous vomissez votre article, M. Sharon lutte pour la vie, et il ne s'agit plus là ni de politique ni d'actes, il s'agit de vie et de mort. Qu'y a-t-il de plus sacré que la vie ? Aujourd'hui je me demande si d'autres journaux en Europe ont publié des articles aussi écoeurants, je me demande si d'autres citoyens Européens ont été aussi fort dégoutés que les citoyens Belges, et j'ai beaucoup de tristesse que ce soit arrive ici, en Belgique, dans mon pays, celui que j'aime et dont je me plais à être fière.

Ce ne sont pas des gens comme vous qui me rendent fière d'être Belge. Je ne peux pas m'empêcher d'essayer imaginer votre physique d'Adonis. Etes-vous un bellâtre, un superbe étalon, ou alors êtes-vous plutôt un petit Belge grisonnant sur les tempes, la boule presqu'à zéro ?Je ne sais pas, mais quelle que soit votre apparence, vous êtes ce que la Belgique produit de plus triste, loin de l'enorgueillir ou de lui rendre hommage, vous l'endueillez et l'appauvrissez de sa dignité.

Par contraste, Monsieur Sharon est la fierté de son peuple. Il est admiré pour son combat pour la paix et tous le soutiennent dans sa détresse actuelle, tous sont aux côtés de sa famille. Ils semblent avoir le sens du sacré. Alors, voyez-vous Juan, s'il y a bien une chose qui est sure ici-bàs, c'est que votre tour de taille aura peu d'importance le jour où vous vous en irez. Ce qui en aura ce jour-là, c'est ce que vous laissez derrière vous, la manière dont vous avez utilisé votre talent et votre capacité de compassion envers votre prochain. Malheureusement, aussi beau que vous pensiez être, je crains bien que pour vous, ce jour-là, il n'y aura pas un seul article glorifiant en votre faveur, ni même une ligne, parce que la seule personne que vous ayez vraiment salie et enlaidie samedi passé, M. d'Oultremont, c'est vous-même.

Muriel Evens.