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Le symptôme plutôt que la maladie

Mis en ligne le 17 janvier 2004

Au départ, je voulais consacrer mon billet aux possibilités d'extension offertes à DHL. J'imaginais avec délices, transformer la Wallonie en un immense centre de tri. Avec des transpalettes circulant jour et nuit sur la E 40 et des avions cargos décollant toutes les quatre minutes du circuit de Francorchamps. Après tout, ils en voulaient tellement des pilotes, du bruit de moteur et des gaz d'échappement, que ce serait idiot de ne pas leur en donner. On peut même imaginer des hôtesses Marlboro protégeant le cockpit avec leur parapluie publicitaire, au moment du décollage...

Comprenant que ça ne ferait rire que moi, je me suis rabattu sur la réouverture de l'enquête à propos de la mort de Lady Di. De nouvelles révélations accréditeraient la thèse du complot. Il paraît que l'accident n'aurait pas été lié à la vitesse excessive ou à l'état d'ébriété du chauffeur, mais à un pavé que le Prince Charles aurait balancé depuis un bus du Tec de Charleroi.

Conscient que ça ne ferait pas rire non plus, j'ai pensé un instant me rabattre sur le 75e anniversaire de Tintin. J'ai changé d'avis en réalisant que l'idole de notre enfance devait avoir l'âge (et peut-être même la tête) de Valéry Giscard d'Estaing. Et encore, je ne parle pas de Milou qui, si vous multipliez cet âge par sept, doit ressembler de plus en plus à Madeleine Allbright. Tintin et Milou c'est devenu une affaire trop sérieuse pour faire rire. J'ai donc opté pour un sujet plus léger: l'interdiction du foulard à l'école. Avec le voile, on est certain de ne pas se tromper, le rire sera de qualité. En effet, si entendre Anne-Marie Lizin dispenser des conseils vestimentaires peut donner le frisson, le fait que Patrick Dewael devienne le chantre de l'émancipation féminine maghrébine, a de quoi faire marrer. Si ses électeurs étaient des carottes, à Patrick Dewael, il préconiserait sans doute la stérilisation des lapins. De son côté, Alain Destexhe ne manque pas d'humour, lui non plus. Donner des leçons de démocratie, en stigmatisant des gamines qui, de toute évidence, portent leur fichu moins par fanatisme religieux que par souci d'identité... Dans son cas, il aurait été moins porteur de s'attaquer aux lodens verts et aux vestes autrichiennes qui depuis longtemps ont envahi les cours de récréation des institutions pour jeunes filles rangées. Il est toujours plus simple de s'attaquer au symptôme qu'à la maladie...

Et si, pour rire un peu, nous nous demandions ce qui nous dérange tant dans ce maudit carré de tissu?

Le fait qu'il soit beaucoup plus visible chez nous que dans les rues d'Alger ou de Casablanca? Ce qui nous obligerait à prendre une part de responsabilité dans sa prolifération.

Le fait qu'il ne ressemble pas à ceux qui faisaient fantasmer Serge Kubla dans les années 60, lorsque c'était Brigitte Bardot qui les portait? Quand on voit ce qu'elle est devenue, ce serait en effet un argument pour en interdire le port. En somme: des foulards, oui, mais uniquement des carrés Hermes pour celles que des vieux beaux trimbalent dans leur voiture de sport...

Le fait qu'on n'y ait pas encore apposé des publicités Chevignon? Ou pire encore, que ces jeunes sauvages nous parlent de religion alors qu'on les a fait venir pour conduire des bus?

Si j'avais un avis à leur donner à ces passionarias, c'est finalement de le laisser dehors leur fichu fichu. Par les temps qui courent, tout ce qui ne parvient pas à rentrer à l'école (l'argent du refinancement, le sport, l'initiation à l'art d'aujourd'hui, la revalorisation des enseignants...) a beaucoup plus de crédit à mes yeux que les flingues, les salmonelles et les classeurs Euro Disney qui en font l'actualité. Et si en plus, simple question de goût, elles abandonnaient cette teinte saumon (dont la consommation est par ailleurs devenue plus dangereuse que celle de la cigarette) en y ajoutant une pointe de couleur vive, je suis certain que ça suffirait à transformer leurs foulards en étendards de l'émancipation et de la diversité. Ça nous changerait au moins de ceux qu'on exhibe à l'arrivée des courses cyclistes...

© La Libre Belgique 2004