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Il n'y a pas moyen de se tromper

Mis en ligne le 16/03/2007

Les fins de législature ont la classe pour bousculer l'ordre des priorités et donner un grand coup de santiag dans la taxonomie de nos urgences. Ainsi, la proximité des élections aura permis de légiférer enfin, non pas sur la fermeture des centres fermés, ni sur la lobotomisation des propriétaires de 4X4, ni même sur la violence conjugale... Non, il ne faut pas charrier ! La loi qui vient d'être votée sur une proposition initiale de Christine Defraigne, interdit... les pratiques sexuelles avec les animaux ! Soyons clairs, il s'agit d'une loi qui s'applique aux humains; les animaux pourront bien sûr continuer à entretenir entre eux des rapports intimes.

Attention, personnellement je suis plutôt pour qu'on ne s'en prenne pas à des animaux sans défense. Mais justement n'aurait-il pas été plus intelligent d'inscrire cette loi dans le cadre général de la protection des plus petits et des plus faibles. Parce que là comme ailleurs, il s'agit moins de sexe que de lâcheté. Ainsi moi j'aurais plutôt imaginé une loi n'autorisant les pratiques sexuelles qu'avec des animaux plus grands que soi, en somme des animaux "avec défense", comme le rhinocéros, l'éléphant ou le requin-marteau. Ce qui serait déjà un peu plus téméraire et réduirait d'autant le nombre des maboules qui s'y adonnent.

Quoi qu'il en soit, j'aurais voulu être une souris pour assister à la commission parlementaire qui a traité le dossier. On imagine Christine Defraigne prenant la parole un peu émue en fin de réunion, dans le genre : "chers collègues, à présent que nous avons réglé le problème de l'avenir des centrales nucléaires et celui de Joëlle Milquet pour qui Ars Musica n'est pas un festival, mais l'instrument dont joue Toots Thielemans, j'aimerais ajouter un point à l'ordre du jour.... Heu... Enfin... Disons plutôt qu'il me semble important, et cela, sans que je me sente impliquée en quoi que ce soit dans cette... Enfin, je pense que le temps est venu pour nous de prendre position, (et quand je dis "prendre position" c'est une image) sur le problème de la... zoophilie !" Et c'est vrai qu'en ce domaine, les questions ne manquent pas. Quel arsenal législatif va-t-il être mis en place ? Comment les animaux vont-ils pouvoir porter plainte ? Va-t-on créer un numéro spécial dans le genre "Animal Focus" ? Va-t-on être obligé de tondre les Flamands ayant entretenu des rapports douteux avec des bergers allemands ?

Tout cela sans parler de la mythologie dont la plupart des acteurs sont le fruit de pratiques pouvant entraîner dorénavant de trois à six mois de prison : le Sphinx, le centaure, les gorgones, le dieu Pan, le Minotaure, les sirènes... Sans parler du prince Philippe qui ne serait pas le beau et fier garçon que l'on connaît aujourd'hui, si un jour la princesse Mathilde n'avait eu l'idée d'embrasser un crapaud.

Moi je dis : s'il est vraiment question du bien-être animal, que l'on commence par interdire ces insupportables spectacles équestres du style Cavalia, cette version soft de la zoophilie, qui consiste à se pâmer d'aise devant un type en catogan en train de sauter sur le dos d'un cheval en poussant des cris de cosaques, dans une atmosphère de lupanar vibrant aux envolées de Carmina Burana.

Excusez-moi, mais si les chevaux aimaient vraiment les spectacles équestres, on en verrait parfois dans les tribunes.

Par respect pour la mémoire de ma pauvre mère et pour les lecteurs de ce journal qui nous accueille avec tant d'ouverture d'esprit, je vous épargnerai la conclusion qui nous vient naturellement à l'esprit : celle d'une loi pour enculeurs de mouches. D'abord, ce serait un peu facile et puis, cela risquerait de donner des idées à quelques désaxés. Dans ce domaine borderline, la prudence est donc de mise...