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Ce n'est plus l'armée, c'est l'armée du Salut

Mis en ligne le 17/01/2003

Ce n'est pas un pacifiste pratiquant comme moi qui vais m'en plaindre, mais c'est vrai que s'il continue, André Flahaut, il finira béatifié avant mère Thérésa! Prix Nobel de la Paix avant l'abbé Pierre et Ingrid Betancourt! Et Dieu sait s'il m'est sympathique, mais au vu de ses rondeurs et de sa bonhomie, on se demande si les étoiles du Michelin ne lui conviendraient pas mieux que celles des gradés de la Grande Muette. La vache, le jour du casting, il n'y a pas dû avoir beaucoup d'autres candidats! Si les ministres de la Défense se mettent à être sensibles et intelligents, on peut considérer que c'est la fin des haricots. Non, il faut se résoudre à l'évidence, dans la logique qui est la nôtre, le ministre de la Défense qui se veut crédible a intérêt à avoir un menton à la Michel Vaillant, un sourire de pit-bull, et sur le piano du salon quelques photos de barbecues prises lors des opérations en Somalie!

Tant qu'il offrait les surplus de couvertures aux CPAS et accueillait les sans-abri à la caserne Reine Elisabeth, j'ai applaudi des deux mains. Mais à présent, André Flahaut, il offre ses troupes à Antoine Duquesne!

On finira par regretter le bon temps où les truands devaient braquer les casernes pour se procurer des armes. Aujourd'hui, on les distribue! Et ce ne sont pas les arguments du ministre de l'Intérieur qui vont me rassurer: `Les militaires ne fourniront un soutien logistique à la police qu'en cas de dégradation du contexte international!´. Si je comprends bien, c'est précisément en cas de guerre que les militaires vont abandonner leurs casernes pour servir d'arbitre dans les matchs de foot, pour aller passer les vitres au Glasex chez Daniel Ducarme ou pour servir de casse-vitesse sur les routes, à la place des gendarmes couchés! Ce n'est plus l'armée, c'est l'armée du Salut.

Quand je pense qu'il y a à peine vingt ans, j'ai dû nettoyer avec ma brosse à dents les feuilles du parc de l'hôpital militaire pour me faire passer pour fou et me faire réformer, et à présent que l'armée ne compte plus en son sein que des gens qui ont toujours rêvé d'y être, on leur dit qu'ils vont devenir gardiens de square, assistants sociaux ou abribus. Encore que, vu la façon dont ils sont payés, on se dit que s'engager à l'armée tient du bénévolat. Ainsi, l'autre jour, il interviewait dans le JT un militaire obligé de vendre des meubles à mi-temps pour boucler ses fins de mois. Vous imaginez, si ce pauvre gars est envoyé sur le front irakien? Il va être obligé de rentrer à Bauvechain tous les midis pour prendre son service chez Vastiau Godeau! On le comprend Antoine Duquesne; après tout, il n'y a pas de raison qu'il aille contre sa vraie nature! Pourquoi est-ce qu'il engagerait des policiers qu'il serait obligé de payer, alors qu'il peut avoir des militaires pour rien? D'autant qu'avec ses 38000 policiers pour 10 millions d'habitants, la Belgique est déjà un des pays les plus fliqué d'Europe. On est donc en droit de se demander ce que vont faire tous ces policiers, soudain libérés des tâches qui leur sont traditionnellement assignées. Du badminton? Du bang solaire? Suivre des cours de faux marbre?!

Allez, tâchons de rester positifs. C'est vrai que pour des éléments motivés et qui aiment le grand air, le travail ne manque pas: transférer vers les prisons les participants à la dictée du Balfroid qui auront fait plus de six fautes, gérer le fichier des locataires défaillants, se familiariser avec l'utilisation du méthanol, postuler pour la place de direction de la nouvelle chaîne Energie... Et ce qui reste d'armée, me direz-vous? Rien de plus simple, on en confie la gestion à Ryanair. On rationalise. Le militaire fabrique la bombe chez lui après ses heures de travail. Il la transporte jusqu'à l'avion dans le coffre de sa voiture personnelle. Il prend les commandes de l'appareil dont il aura préalablement fait l'entretien. Il survole la zone à bombarder et saute avec la bombe pour la diriger au mieux sur l'objectif. Comme quoi, tout est affaire de bonne volonté!

© La Libre Belgique 2003