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Johanna de Tessières

Et la voiture fut...

Mis en ligne le 18/11/2005

Il y a eu l'âge du feu, l'âge de la pierre taillée suivi de l'âge de la pierre polie. Ensuite, comme tout le monde le sait, il y a eu l'âge du fer...

Au vu des événements qui secouent les banlieues françaises, on a l'impression que chaque étape de cette évolution s'inscrit dans une forme de déterminisme dont l'objectif ultime ne pouvait être que l'apparition de la voiture. L'âge du fer pour les construire. L'âge du feu pour les incendier et l'âge de la pierre à balancer sur les pompiers qui tenteraient d'intervenir... Une logique darwinienne qui pas à pas, mais avec une régularité implacable, ne pouvait aboutir qu'à la création de la bagnole - et dans la foulée, aux multiples avatars dont elle est à l'origine.

Avec un peu d'audace on pourrait même oser une extrapolation que semble confirmer l'actualité de ces dernières semaines. En effet, si ces milliards d'années de mutations patientes n'ont eu que l'automobile pour seule finalité, pourquoi ne pas imaginer que l'histoire de l'univers, du big bang à l'invention du dîner chaud, se devait implacablement d'aboutir à la création du PS: le fameux «Plan Scalextric» de redressement de la Wallonie.

La vache! Comment n'y a-t-on pas songé plus tôt? En voyant Jean-Marie Happart ou Serge Kubla, on se disait bien que derrière leur présence sur terre, il devait y avoir une raison qui nous échappait. Quelque chose comme un dessein supérieur. C'est précisément ce que prétendent les créationnistes américains pour qui le circuit de Francorchamps n'est pas né d'une évolution darwinienne, mais bien d'une volonté divine. Et dès l'instant où c'est Dieu qui a décidé de la présence de la Formule 1 dans les Ardennes, on comprend que même le gouvernement wallon n'a rien pu faire pour s'y opposer.

Par ailleurs, on ne m'empêchera pas de faire un parallèle entre la fureur avec laquelle les gamins des cités s'en prennent aux bagnoles et le léger sentiment d'écoeurement que suscitent les derniers épisodes du feuilleton spadois. Après les 15 millions d'euros déjà déboursés pour éponger les pertes des deux derniers Grands Prix et l'annonce des 80 millions que l'on pourrait payer à l'avenir, on comprend l'envie de certain citoyen, pas racaille pour un sou, de s'en prendre à la première Williams Cosworth ou la première McLaren qui se parquera devant chez eux.

Dans les deux cas, le potentiel symbolique de la bagnole s'impose avec la même violence. Entre la «caisse» qu'ils auront toute les peines à se payer pour les Beurs du Val Fleuri, et les icônes rutilantes d'un sport aussi réac'et ringard que la F 1, il y a cette même logique bruyante, polluante, individualiste et machiste. Qu'il s'agisse des bolides flambant neufs et des «tires» qui flambent tout court, c'est le retour à l'âge bête. Une spirale primaire dans laquelle la frustration répond à l'arrogance, et le cocktail Molotov à l'usage imbécile du pognon. Sans parler de Bernie Ecclestone qui n'est jamais que le Sarkozy du sport automobile - en tout cas il en a la taille et la suffisance.

A la veille de la probable élection d'Ellen Johnson Sirleaf, la première femme chef d'Etat africain, vous me permettrez de souligner le caractère spécifiquement masculin de cette actualité incendiaire. Ce sont des «kets» qui boutent le feu aux voitures, ce sont des «mecs» qui pilotent les formule Un. C'est dans le fond des parkings que se pratique les «tournantes», et dans les paddocks des circuits que les ministres s'exhibent. Dans tous les cas de figure, la proximité des carrosseries transforme le mâle en une sorte d'imbécile en rut.

Par ailleurs, c'est vrai que les femmes continuent à conduire si mal. Et ça aussi ça fait réfléchir...