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La nuit qui a changé le visage de la Belgique

On pensait que la Belgique était un pays fini. Que ses couleurs ne flotteraient que sur les décharges sauvages et sur la villa de François Xavier de Donnéa (ce qui revient à peu près au même). Même les plus optimistes perdaient confiance, minés par le doute, convaincus que rien de ce qui émanait d'elle ne pourrait jamais plus nous émerveiller. Que son hymne était irrévocablement lié aux sirènes de la pédophilie, aux dysfonctionnements et à la politique faiblement radioactive de Marc Verwilghen. Et voilà qu'un soir d'octobre, alors que rien ne pouvait le laisser présager, onze hommes en son nom, ont créé l'exploit. Onze hommes `en colère´ dont la bravoure et la vélocité ont permis à notre petit pays de retrouver sa place dans le concert des nations. Un fait d'arme incomparable! Un miracle qui rappelle celui de Michel Nihoul se levant de sa chaise d'infirme et retrouvant l'usage de ses jambes.

En ce soir d'octobre, dans le stade paroissial d'Andorre chauffé à blanc, devant près de 342 supporters de la principauté hurlant leur hostilité à pleins poumons. Face à cette mythique équipe d'Andorre, dont les noms et les visages rivalisent dans l'album Panini, avec ceux des joueurs Brésiliens ou Italiens. Les?... Comment s'appellent-ils encore?... Enfin soit... Face à l'équipe mythique d'Andorre, les Diables Rouges ont puisé en eux l'énergie du désespoir. Et contre toute logique, non seulement ils ont résisté au rouleau compresseur andorrien, mais en plus ils ont créé la surprise. Que dis-je? La stupéfaction! Trop convaincue de sa supériorité, la défense adverse n'a pas vu débouler Wesley Sonck. Et une fois de plus David a battu Goliath! Le Petit Poucet belge a terrassé l'ogre des Pyrénées!

Transcendés par ce but, nos joueurs ont su résister aux coups de boutoir de l'attaque andorrane et de son fabuleux quatre, deux, quatre (deux garçons-coiffeurs en pointe, et un commis de cuisine junior sur le flanc gauche). Durant les interminables minutes qui ont précédé le coup de sifflet final, c'est tout un peuple qui a serré les coudes derrière ses héros.

Et c'est en vainqueurs que, dans une euphorie, nos joueurs ont repris le car dans la nuit, accueillis à la frontière espagnole par Patrick Henry qui avait confectionné en leur honneur un pétard de deux mètres de long aux couleurs nationales.

Une nuit qui a changé le visage du pays et dont les effets ne se sont pas faits attendre. Pour saluer l'exploit, maître Clément de Cléty a offert ses cheveux à la Fondation pour la tapisserie de Tournai.

Face à la remontée du Bel 20, Pierre Carette le dernier membre des CCC encore en prison, s'est abonné à l'`Echo de la Bourse´.

Moins d'un quart d'heure après la fin du match, le Palais indiquait que Marcel Cools et François Perrin seraient pressentis comme témoins au prochain mariage du prince Laurent. En fin de nuit, et dans un élan patriotique, André Flahaut faisait savoir que si les avions de l'armée ne suffisaient pas, il était prêt à rapatrier les demandeurs d'asile déboutés avec sa propre voiture. De son côté, le centre de Production de Liège se disait résolu à programmer des divertissements encore plus divertissants. Et dans la foulée, le Premier ministre rappelait Hervé de Guellinck pour lui annoncer que finalement il voulait bien répondre aux questions concernant la Sabena.

Après un séisme d'une telle amplitude, comment ne pas relativiser... On se dit que plus rien ne sera comme avant. Que finalement Bali c'est loin, et que pour le trou dans la couche d'ozone, on s'est peut-être inquiété pour rien, d'autant qu'il paraît que sa taille a diminué en septembre. S'il atteignait la grandeur d'une pièce d'un euro, Carglass pourrait s'en occuper...

 

© La Libre Belgique 2002