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Illu Vince

Béjart inspiré par Jacques Brel. Pitié!

Le Béjart Ballet Lausanne nous revient avec un spectacle inspiré par Jacques Brel... C'est dingue!

Je tente d'éduquer mes enfants dans la dignité, dans le respect des droits de l'homme, dans la recherche de l'excellence et de la modernité, et voilà que le Béjart Ballet Lausanne nous revient avec un ballet consacré à Jacques Brel. On croit rêver...

En bon père de famille, j'emmène ma progéniture voir les spectacles d'Anne Théresa De Keersmaeker, Wim Vandekeybus ou de Pina Bausch, je leur interdis de mettre leurs doigts dans le nez et je coupe le courant aux heures de diffusion de la Star Academy, et paf, voilà que Maurice Béjart ruine tous mes efforts en rappliquant avec sa bande de momies en sueur et d'hidalgos transgéniques! Qui plus est, avec un spectacle consacré à Jacques Brel... On ne nous épargnera donc rien?

On se dit que si Béjart danse encore dix ans, il finira au Westland Shopping Center avec un spectacle sur Hervé Brouhon ou un hommage à Guy Spitaels. Pourquoi pas `Minerve´, une chorégraphie consacrée aux frères Happart, tant qu'on y est?

Mais enfin, la danse néo-classique ne pouvait-elle pas rester circonscrite au XXe siècle qui l'a vue naître, et où elle a pu faire rêver des rhétoriciennes à la sensualité encore mal équarrie?

Je suis le premier à être exaspéré par toute forme de jeunisme primaire, mais tout de même, il y a des limites à ne pas dépasser! Ça touche à l'indécence. Que je sache, Sandra Kim et Roger Lallemand ont pris leur retraite dans la dignité. Eddy Merckx a eu la sagesse de ranger son vélo à temps (enfin je veux dire `à temps pour son vélo´). Roger Laboureur et Tatayet se sont effacés en pleine gloire. Même Etienne Scouppe a arrêté (il faut dire que dans son cas, il a tout bonnement `sauté´, ce qui d'ailleurs risque de l'inciter aussi à faire de la danse).

Il n'y a donc personne pour le mettre en garde? Pour lui expliquer à Maurice, qu'à ce petit jeu là, il risque de se retrouver seul sur le podium entre Jean-Paul II et Chantal Goya... Parce qu'il ne faut pas se voiler la face: vous leur faites enfiler un tutu, et même les membres du Comité Central du Parti Communiste Chinois sembleront plus crédibles, en danseurs étoiles. Évidemment, dès l'instant où les Libéraux Francophones se choisissent Daniel Ducarme comme président, on comprend d'emblée que ce n'est pas la crédibilité qui dirige le monde en ce début de millénaire.

Non, mais ce n'est pas sérieux! En plus, les Suisses ne nous ont-ils pas fait assez de mal avec la Sabena, pour qu'ils ne nous renvoient en plus Béjart une fois l'an. Est-ce qu'on leur envoie Jean-Michel Folon, nous aux Suisses?

Et puis, ce n'est pas que je veuille déboulonner les statues, mais enfin est-ce qu'on ne peut pas nous lâcher avec Jacques Brel, un type qui depuis plus de cinquante ans cherche à apitoyer le monde avec sa longue figure et ses aigreurs machistes: `Et regardez comme je souffre! Et visez comme je suis un artiste maudit! Et voyez comme les femmes m'ont fait du mal!...´

Excusez-moi de garder ma pitié pour les enfants-soldats d'Afrique ou pour les victimes des mines anti-personnel, plutôt que pour ce nombril chantant qui donne de la Belgique une insupportable réputation de pleurnichard.

C'est donc clair: si Béjart nous revient encore l'an prochain avec ses Toblerone dansants, j'exige une commission d'enquête parlementaire!

En attendant, ayons une pensée émue pour Marc Verwilghen qui, ulcéré par la fameuse interview de la semaine passé, mène son enquête. On comprend qu'après un tel incident, il cherche à établir les responsabilités. On comprend qu'il veuille savoir qui a fait rentrer au Palais Royal, le crayon et le bloc de feuilles qui ont permis à la Reine de répondre aux questions des journalistes...

© La Libre Belgique 2002