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La guerre aux artistes est sur les rails

Mis en ligne le 23/04/2004

Lors de son passage à Washington, Hervé Hasquin a obtenu le soutien de Georges W. Bush à son plan de démantèlement unilatéral des infrastructures culturelles en Communauté française. Comme le signalait le Président américain, il s'agit là d'un geste décisif dans la lutte contre le terrorisme.... Face aux revendications injustifiées des artistes, à la fronde des «Vieux Jeunes» du théâtre et à la mauvaise haleine des chanteurs de rock, Hervé Hasquin a donc décidé de régler le problème par la force. Dès son retour, il a fait arrêter les travaux du nouveau Théâtre National - dont il a revendu les briques non encore utilisées au gouvernement d'Ariel Sharon, afin que ce dernier puisse achever la construction de son mur en territoires occupés.

On apprenait dans la foulée l'arrestation de Pascale Fonteneau, Michèle Noiret et Jacques Charlier ainsi que la profanation de la tombe de Robert Cogoi. Dans sa nouvelle rubrique «artistes écrasés», la Dernière Heure annonçait que Frie Leysen était placée en résidence surveillée et qu'à la demande de Philippe Monfils, l'argent du KunstenFestival des Arts irait dorénavant à la Formule 1.

Par un décret signé dans la nuit de lundi, la Raffinerie du plan K sera reconvertie en centre fermé pour demandeurs d'asile déboutés, l'opéra Royal de Wallonie (l'ORW) sera offert à la Fondation Prince Laurent afin d'y créer un centre ORL pour animaux de compagnie. Par ailleurs des contacts seraient pris pour revendre le Botanique aux instances du Vlaams Blok afin qu'ils puissent y installer leur permanence électorale.

Au Cora de Silly où il dédicaçait son livre "Un monde sans amiante et sans art", Hervé Hasquin a tenu à réagir au récent suicide de Philippe Sireuil qui, en fin de droit de chômage, s'est donné la mort en ingérant des photos de Pascal Vrebos. Le Ministre-Président en a profité pour fustiger l'ingratitude des milieux artistiques qui, selon lui, n'a d'égal que leur manque d'imagination: «Pour un amateur d'Ibsen, Monsieur Sireuil aurait au moins pu se suicider à la tronçonneuse!»

On apprenait mercredi que William Dunker et Salvatore Adamo s'étaient inscrits au Ceran pour apprendre le néerlandais pendant que la plupart des créateurs francophones cherchaient à flamandiser leur nom afin de profiter de la politique culturelle cohérente du nord du pays (si pour Frédéric Flamand cela ne devrait pas poser de problème, on se dit que pour les frères Dardenne ce ne sera pas de la couque)...

Afin de répondre aux critiques, Hervé Hasquin a décidé néanmoins de prolonger l'Année Brel jusqu'en 2014 et de doubler le budget du Théâtre National de Toone dont la direction a été confiée à Georges Dumortier. Il en a profité pour annoncer la vente des oeuvres de René Magritte appartenant aux collections de la Communauté française, afin de financer le Woluwé-Culture-Euro-Disney-Land que Georges Désir se fait construire dans sa commune et auquel il compte donner le nom de «village culturel Nicolae Ceausescu», en hommage à la vision architecturale du leader roumain.

Parmi les bonnes nouvelles de ce désengagement unilatéral, notons que c'est Jacques Simonet qui dorénavant nous représentera chaque année au concours Eurovision de la Chanson, et que le Ministre a confié à l'échevin bruxellois Henri Simons, l'organisation d'une grande exposition de prostates géantes décorées par des peintres à la bouche et qui orneront tout l'été les rues de la capitale.

Prenant en exemple la situation du Musée de Bagdad récemment pillé, Hervé Hasquin a eu ces paroles à la fois définitives et pleines de bon sens: «Après tout, est-ce que les Irakiens ont l'air plus malheureux pour autant? Hein, je vous pose la question?».

© La Libre Belgique 2004