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Illu VINCE

Chantages et tractation

Mis en ligne le 24/09/200

Les partis francophones ont raison de ne pas céder à la précipitation: même chez Bouglione, un numéro de femme coupée en deux demande non seulement talent et doigté, mais aussi et surtout des heures et des heures de répétitions. Si on cède aux velléités des politiciens flamands les plus extrémistes, si on se met à dépecer le pays, la Belgique finira pas ressembler à Martine Van Praet, une reine de beauté qui a pu faire fantasmer nos grands-parents, mais dont les pièces détachées semblent aujourd'hui avoir subi le même sort que celles de la Maison du Peuple de Horta. En plus, quand on voit la façon dont ça pète entre Isabelle Adjani et Jean-Michel Jarre, on se dit qu'à l'échelle d'un pays, un tel Gala de la Désunion tiendrait du meurtre à la tronçonneuse! On n'ose pas imaginer les chantages et les tractations dont ferait l'objet cette séparation, d'autant que si on doit se limiter au sexe linguistique du patrimoine, les francophones ne vont pas gagner dans le partage: un Roger Somville pour les Wallons, un Breughel l'ancien pour les Flamands. La gare de Watermael-Boisfort pour les Francophones, l'aéroport de Zaventem pour les Flamands. Lou Depryck pour nous, Philippe Herreweghe pour eux. Le Mannekenpis pour Bert Anciaux et sa garde-robe pour Anne-Marie Lizin... Par contre, question transfuges, je propose de bétonner le statu quo : on garde Arno et Axelle Red et on leur laisse Sandra Kim et Jo Lemaire...

Bien sûr, comme dans toute séparation, il faudra imaginer une garde alternée pour les «enfants du pays», ceux et celles qui sont revendiqués tant par le Nord que par le Sud et qui passeraient donc une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre. Chaque fin de week-end, un bus passerait la frontière linguistique à hauteur du pont Van Praet avec à son bord non seulement la Reine Fabiola, mais aussi Dirk Frimout, Eddy Merckx, Bob et Bobette, Bernard Foccroulle, Carine et Gino Russo, le soldat inconnu, Constant Vandenstock, Léon (de Chez Léon), Toots Thielemans, Madame Corné de la Toison d'Or et Monsieur Jupiler... Et je ne vous parle pas des boules de l'Atomium qui suivraient sur une remorque et qui, chaque lundi, seraient remontées en alternance, une semaine à Middelkerke et la suivante la Barrière de Transinnes.À l'inverse, il y a ceux qu'aucune des deux communautés ne revendique et que les Américains seraient prêts à accueillir sur l'île de Guantanamo: Bertrand Gachot, Jean-Pierre Van Rossem, le père Samuel, Daniel Ducarme, Michel Nihoul, Jo Lernout & Paul Hauspie, Maurice Béjart...

Bien sûr, cette scission imposerait des aménagements : un tunnel partant de Vilvoorde qui permettrait aux Flamands de continuer à visiter les grottes de Han, et un couloir humanitaire qui permettrait à Olivier Strelli de continuer à passer ses week-ends au Zoute.

Alors vous allez me dire: quelle tristesse, tous ces petits Wallons qui ne sauront même plus à quoi correspond le mot «cuistax»... Soyez sans crainte, ce n'est qu'une question de patience. Avec le réchauffement de la planète et la montée des eaux, les spécialistes nous assurent qu'on fera du cuistax à la digue, à hauteur de la Drève de Bonne Odeur avant la fin du siècle. Et puis, il nous restera toujours l'Ancienne Belgique, une salle où Flamands et Francophones réunis, se sentiront encore longtemps chez eux...

© La Libre Belgique 2004