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Johanna de Tessières

Plus de Bolkestein!

Mis en ligne le 25/02/2006

Semaine infernale : Au risque de voguer à contre courant, d'apparaître comme un tantinet réac', moi je crie haut et fort : il faut plus de Bolkestein ! Soit, le nom de ce pauvre Fritz somme un peu « savant fou des Carpates », mais enfin (comme le dit très bien Karel Vinck) ce n'est pas une raison pour jeter les wagons avec l'eau du train. J'irais même plus loin, la libéralisation ne doit pas se limiter aux services, mais doit être élargie aux « sévices »… Regardez Guantanamo et Abou Graïb, leur gestion publique est déplorable ! On dirait la Colonie Pénitentiaire de Kafka. Il paraît que les conditions d'enfermement y sont encore pires que dans les prisons françaises, ce qui n'est pas peu dire ! Au vu des récents documents diffusés par la TV australienne, on a l'impression que même Martine Van Praet a été mieux traitée par ses bourreaux.

Je le répète : il faut plus de Bolkestein ! Confiner les volailles, c'est bien, mais confier au privé la gestion des centres de détentions et des prisons irakiennes, c'est mieux. D'accord on y torturera peut-être encore, mais au moins notre responsabilité de citoyen ne sera plus engagée. Des bavures oui, mais qui respectent au moins les règles de l'OMC ! Et puis, dans cette logique de rationalisation, les tortures infligées aux détenus pourraient servir à faire avancer la recherche médicale… La Vache ! En plus, ça permettrait à Fabienne Vande Meersche d'avoir une foule de nouveaux invités pour son émission « Les Décideurs du Vendredi » : « Aujourd'hui j'ai le plaisir d'accueillir Monsieur Albert Rumsfood-Hardenne, l'administrateur général de Guantanamo-Pharmaceutica. Monsieur Rumsfood-Hardenne bonjour. On dit de vous que vous avez deux passions dans la vie : les prisons et la philatélie. Les prisons d'accord, mais pourquoi la philatélie ?... »

Et puis, une fois privatisés, ces centres de détention pourraient se soustraire aux conventions de Genève en délocalisant leur siège social au Luxembourg, comme RTL-TVI. Dans cette logique de « prison de proximité », un libéralisme-social permettrait même d'améliorer la condition physique des détenus qui serait confiée à des ex-footballeurs professionnels du Lierse. Des taxes-shelter proposeraient des incitants fiscaux pour les petits porteurs investissant dans le secteur pénitentiaire. Les cellules seraient décorées avec les meubles du Palais Stoklet. Les passeports des condamnés à perpétuité seraient revendus sur eBay.

Et puis le passage au privé consacrerait une fois pour toute la séparation de la justice et de l'Etat. Ça permettrait surtout le reclassement des indésirables : à Dick Cheney et ses fusils de chasse, on confierait la gestion des miradors, et à Thierry Tassin, la comptabilité. Une des boules de l'Atomium rénovées pourrait être cédée à la CIA comme zone de transfert de suspects, avec un centre d'interrogatoire sur l'île du Chalet-Robinson.

Bannie des écoles, la publicité ferait son entrée en milieu carcéral. Lindy England reprendrait le rôle de Madame Laurent de Télé-secour à Domicile.Tout comme l'athénée Madeleine Jacquemotte, les prisons de mauvaise réputation seraient rebaptisés du nom des plus grands belges. La prison Jacques Brel, le centre de détention Père Damien…

Attention, certaines pourraient même profiter du label Max Avelaar. Des prisons équitables où un jour par mois ce serait les prisonnoers qui pourraizent torturer leurs gardiens. Bien sûr, il y a des règles avec lesquelles on ne transigerait pas. Ainsi comme dans tout lieu public, les prisonniers seraient obligés de sortir sur le pas de la porte pour fumer leurs cigarettes… Demandez aux prisonniers s'ils ne seraient pas heureux de sortir pour griller leurs clopes ! Eh bien, ça c'est le privé. Dans le public, c'est un truc auquel on ne penserait jamais…