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Jeff Koons chez le Roi Soleil!

Mis en ligne le 06/12/2008

 

C'est bien, Versailles. C'est calme. C'est coquet En plus, depuis que le groupe Vinci a payé la restauration de la galerie des glaces, ils ont pu retirer les seaux les jours de pluie. Curieusement, moi, je n'y avais jamais mis les pieds au château de Versailles. Je n'ai pas dû aller dans les bonnes écoles. Le voyage scolaire le plus ambitieux qui m'ait été proposé, m'a amené durant deux jours à l'île de Walkeren. Autant vous dire que découvrir l'architecture de Mansart et les jardins de Le Nôtre à l'occasion de l'exposition de Jeff Koons, fut pour moi une expérience plutôt dépotante. Une rencontre au sommet entre le Roi Soleil et le golden boy de l'art contemporain qui relègue celle de Martine Aubry et Ségolène Royal à un vulgaire match de catch féminin dans la boue.

Ce n'est pas à vous, camarades chroniqueurs, qui vous passionnez pour la chose de l'art que je rappellerai qui est Jeff Koons, cet artiste américain qui avait fait de son mariage avec la Cicciolina une ¤uvre d'art, mais qui a surtout réussi le tour de force de transformer en icônes de la création d'aujourd'hui, un catalogue d'images et de formes issues de la culture populaire souvent la plus prosaïque.

N'en déplaise aux bégueules, il est vachement fortiche le Koons. Son rabbit gonflable en inox trônant dans le salon de l'Abondance, son Michael Jackson géant en porcelaine enlaçant son singe dans le salon de Venus, ses télescopages entre son bobby londonien en bois polychromé et les fresques de Charles Le Brun proposent un parcours jouissif et rococo qui vous laisse sur le cul. Sans parler de son chien en ballon géant dont l'acier inoxydable chromé répond aux couleurs d'un tableau de Véronèse.

Sont-ce les pirates somaliens qui ont lancé la mode en prenant d'assaut des tankers trois fois grands comme des porte-avions? Quoi qu'il en soit, Jeff Koons réussit à imposer sa loi dans ce paquebot où Louis XIV se croyait le seul maître à bord.Cette exposition est rusée, joyeuse et intelligente comme peu le sont.

Non, il n'y a pas à dire, le château de Versailles c'est bien. C'est coquet Vous y ajoutez une véranda Willem et une double porte de garage Hôrmann, et vous êtes bon pour le mettre en location sur Immoweb.

Un ami artiste qui visitait l'exposition en ma compagnie, me faisait remarquer que pour se voir téléporter fissa à l'époque de La Pompadour, il n'y manquait que l'odeur. La vache, c'est vrai, je n'y avais jamais songé! Que pouvait bien sentir ce château à une époque où le brevet du sapin magique Air Wick n'avait pas encore été déposé? Un arôme assez peu royal de sécrétion corporelle, d'urine, de feu de bois? Une odeur de ménagerie au cirque Pauwels un jour de canicule? La puanteur des chats morts croupissants dans les eaux stagnantes ou celle des cochons qu'un charcutier égorgeait chaque matin sous la Galerie des ministres. Un parfum de talc, de choux et d'humidité planant sous les lambris dorés à la feuille? Imaginez donc un instant la galerie des glaces, un soir de bal, empestant le centre sportif de province - les vapeurs de chlore en moins. Des effluves de cantines scolaires un jour de bouchée à la reine, à vous soulever le c¤ur et cela malgré les efforts de Colbert pour faire de la parfumerie une industrie de pointe. Latubéreuse, la violette, le jasmin des éventails odorants, luttant désespérément contre les senteurs de home pour vieux. Et tout cela, sans la moindre sculpture de Jeff Koons. Pas de Split-Rocker dans les parterres de l'Orangerie, ni de Pink Panther émaillée dans le salon de la Paix. Rien de ce qui, lors de ma visite de vendredi passé, m'a conforté dans cette conscience indicible du bonheur d'être un homme du XXIe siècle.