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La classe!

Mis en ligne le 04/10/2008

Voilà, c'est ça le mot que je cherchais depuis un moment. Un truc qui peinait à me remonter jusqu'au cortex. Cette qualité qui semble avoir été la première victime du réchauffement de la planète. Cette phosphorescence dans les attitudes et les idées qui fait défaut chez la plupart d'entre nous. La CLASSE ! C'est ça, le mot que je cherchais. Et il aura fallu l'annonce de son départ, pour qu'il me revienne en mémoire. La classe ! Ce quelque chose qui, sans doute, ne s'apprend pas et dont on ne peut donc pas reprocher l'absence à ceux qui en sont démunis. Emprunt de pudeur et d'exigence intellectuelle, la classe de ce type donnait au moindre de ses gestes, au moindre de ses avis, une importance particulière.Vous passiez une soirée en sa compagnie, et ça vous décapait les organes des semaines durant. Vous vous sentiez d'abord tout nu, et puis finalement ça vous fixait dans le cerveau, des balises qui ne vous lâchaient plus.

Alors, bien sûr, on soulignera à juste titre qu'il avait été plutôt gâté par la nature : des parents grands entrepreneurs, un cerveau redoutable, le sens des médias et de la médiation, des talents multiples, un humour qui aurait flanqué la honte à un coussin péteur, un physique sexy. Et une voix... Une voix incomparable que les turbulences boursières de ses dernières semaines ont modifié sans jamais en altérer le charme.

La classe, c'est comme la dorure à la feuille, c'est quelque chose qui vient en plus, au-dessus, comme les plumes de colibri sur les chapeaux de la reine Fabiola. Et pourtant, chez lui, ce bonus track prenait la forme d'une élégance joyeuse et parfois iconoclaste, un peu celle des Frère Sparks et un peu celle de Tex Avery. Sa distinction le rendait solaire aux yeux de ceux qui l'admiraient, et redoutable auprès des autres.

Sans doute est-ce idiot de lui rendre hommage, à lui qui nous a humilié durant des années en faisant mieux et souvent avant tout le monde. Sa modernité à lui avait quelque chose d'électronique, comme une boule de latex surfant sur la bande FM, et la longueur d'avance qu'il a jusqu'au bout conservée sur l'époque a fait de chacun de ses projets, de SN Brussels à ABN Amro, une véritable expérience d'avant-garde. La vache, ce que sa classe va nous manquer, à nous petits porteurs! Et avec elle, cette forme de douceur qui lui était particulière, retenue et pourtant explicite, et qui faisait de chacun de ses mails un haïku d'une intimité totale.

Voilà, avec la discrétion qu'on lui connaît, Maurice Lippens a fait un pas de côté, et déjà le vide qu'il laisse derrière lui nous semble abyssal. Lui a-t-on assez dit qu'on l'aimait ? Lui a-t-on témoigné assez de gratitude ? Heureusement, il nous reste Etienne Davignon... La classe, c'est ça ce putain de mot que je cherchais...