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VINCE

Ciel mon Shopping Center!

Mis en ligne le 05/09/2003

La vache! Les brutes! Les traîtres! Ils ont profité de mon mois de vacances à l'étranger pour transformer le Shopping Center... que dis-je, «mon Shopping Center», en «Urban Oasis». Ils ont débaptisé mon centre commercial, comme ça d'un coup, en stoumeling, sans même me demander mon avis. Et pourtant s'il y a bien un mot dans la langue française que je vénère par-dessus tout, c'est bien celui de Shopping Center. C'est un mot dont la vulgarité mercantile rayonne avec délice à des kilomètres à la ronde. Cela fait trente ans qu'il donne au quartier qui est le mien, un caractère extrêmement moderne, mon Woluwe Shopping Center!

Et tout ça pourquoi? Pour finir en «Urban Oasis» ! Bande d'ahuris!... D'accord, l'été a été tropical, mais enfin de là à faire passer cette magnifique galette de béton gris souris, avec son subtil parfum de cigarette froide, ses massifs d'épineux et ses 3500 places de parking, pour un vulgaire point d'eau subsaharien. Il ne faut pas pousser... Et d'ailleurs, c'est quoi un Urban-Oasis ? Un substitut commercial au dialogue Nord-Sud? Un endroit où les vitrines de chez Veritas seront décorées de motifs mauresques et ou les vendeuses de chez Shoe-post vendront leurs godasses déguisées en hommes touaregs? Un endroit où il sera impossible de faire ses courses sans la protection d'une crème solaire indice 15? Quel cynisme! Transformer mon Shopping-Center en Urban Oasis... Après ça, on s'étonne que Bart Somers (le ministre-président flamand) tente de faire la même chose avec la Communauté Wallonie-Bruxelles - que Kubla serait prêt à rebaptiser Communauté Ecclestone-Francorchamps.

Et puis, un nom c'est un nom. Vous imaginez Philippe et Mathilde annonçant dans trente ans à leur fils qu'il ne s'appelle plus Gabriel, mais Pépette ou Répépette?... Manifestement, il n'y a pas qu'à Vilnius qu'ils ont grillé un fusible. Il faut faire gaffe, surtout qu'avec l'explosion des ventes de Noir Désir, Alain Mathot risque de vouloir augmenter son nombre de voix de préférence en flanquant des baffes à Sandra Kim...

Non mais, changer mon Shopping Center en Urban Oasis!

D'accord, vous allez me dire: je n'avais qu'à ne pas partir en vacances. Mais enfin, on a l'impression que la chaleur les a rendus fous... Et d'ailleurs je déteste ces étés de canicule où au retour des vacances, vous êtes obligés de supporter l'arrogance de ceux qui n'avaient pas les moyens de partir et qui viennent vous narguer avec des: «Bruxelles n'a jamais connu un été comme celui-là! L'air y était si doux qu'on pouvait dormir sur la terrasse. Les filles sentaient le miel et la vanille, et en plus elles s'offraient à vous avec l'indolence de jeunes vahinés... Il fallait vraiment être idiot pour partir, alors qu'il faisait si beau ici!»... et tout cela en étalant des bronzages made in Bruxelles-les-Bains, souvent bien plus ambrés que le vôtre - vous qui avez dû passer la moitié des vacances à l'intérieur, à remeubler votre maison de campagne italienne qui s'est faite cambrioler durant l'hiver...

Avec pour finir de vous crucifier à votre retour, un grand panneau à l'entrée de votre Shopping Center informant de sa mutation en Urban Oasis...

Et ça va ressembler à quoi leur Urban Oasis ? À une caserne de la Légion étrangère? À un palais d'été de Sadam Hussein?... Ça ne me rassure qu'à moitié, d'autant qu'en cas de bombardements américains, moi qui habite à moins de 100 mètres, je risque de faire partie des dégâts collatéraux... Surtout qu'avec Charles Michel, l'intoxication alimentaire de Kinrooi et le cinglé de Grivegnée qui s'est fait exploser en bricolant un bazooka à pommes de terre, il s'avère que la Belgique recèle bien plus d'armes chimiques de destruction massive que l'Irak. De là, à ce que le gouvernement de Tony Blair ne ficelle un dossier à notre charge...

Allez, bonne rentrée quand même!