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We need you for Belgium

Mis en ligne le 13/06/2008

De façon un tantinet angélique, on se met à rêver. Un Ticket Obama-Clinton. Un black, juste pas trop black, racé comme un coureur de fond et une ex-first lady, blonde oxygénée, un peu engoncée dans son tailleur pervenche. D'accord, la combinaison renverrait plutôt aux archétypes du film x, mais enfin on espère qu'il lui épargnera les claques sur la croupe dans les couloirs de la Maison-Blanche. Et puis, comment ne pas imaginer la secousse salvatrice pour l'Amérique ? Les colonnes d'évangélistes le long des routes, regagnant leur temple la queue entre les jambes. Une Amérique où Darwin retrouverait enfin droit de cité. Une Amérique signant le protocole de Kyoto et incitant les partis flamands à en faire autant avec la Convention cadre pour la protection des minorités. En somme, l'Amérique qu'on aime ici, bordel de tètes ! Une Amérique avec ses boxeurs et ses hippies, juste un peu cul-cul, et qui tout en perdant quelques kilos de mauvaise graisse ressortirait ses vieux 33 tours de Joan Baez. Une Amérique rugueuse et pimentée qui se remettrait enfin à fumer le pétard en écoutant John Cage et en relisant Kerouac, avec une pointe de Timothy Leary dans les pupilles et un soupçon de Black Panthers sur les podiums des JO pékinois. Parce que c'est vrai que la sympathie qu'Obama nous inspire de ce côté de l'Atlantique est moins liée à son programme (que par ailleurs on connaît peu) qu'au besoin d'en finir une fois pour toutes avec cette ultime saison de "7th Heaven".

Ah, retrouver enfin une Amérique à la Crumb, hantée par des filles au cul magnifique et par les airs de Woody Gutry. Avec les boys qui quitteraient le bourbier irakien pour se redéployer sur de nouveaux théâtres d'opérations : Wezembeek-Oppem, Rhode-Saint-Genèse, Linkebeek. Avec la prison de Guantanamo transformée en musée Vincent Strebelle grâce au soutien de la région "Vallonne" (il faut dire qu'avec la quantité de fil barbelé à recycler, on va encore pouvoir offrir ses bricolages au monde entier). Avec le retour au pays des bannis, des Brad Pitt et des Angelina Jolie. Avec Woody Allen laissant là Londres pour se remettre à filmer New York. Avec Condoleezza Rice qui, convertie à l'Islam, se mettrait en ménage avec Cat Stevens. Une Amérique café au lait qui mettrait Michael Moore au chômage technique et reléguerait Rudolph Giuliani en service gériatrique. Avec des Stentson relookés par Elvis Pompilio et la National Rifle Association reconvertie dans la mitraillette fricandelle. Avec Rudy Demotte qui leur donnerait des conseils question couverture des soins de santé.

L'Amérique des frères Coen, de Philip Roth et des inquiétantes BD de Charles Burns.

Ah, Barack Obama et Hillary Clinton au sommet de l'Etat ! Un duo qui ferait de la Maison-Blanche un "place to be" digne de notre ambassade à Paris au temps de Pierre-Dominique Schmidt. Avec Bill Clinton, en quasi desperate housewive qui promènerait le chien et viderait le lave-vaisselle...

Moi je dis : il était temps que les scénaristes d'Hollywood se remettent au boulot.

Qu'ils nous concoctent la première saison d'une "petite Barack dans la prairie" avec des Indiens à cheval dans les couloirs du Pentagone et Emily Procter Conseillère à la Sécurité nationale. Pour l'instant question casting, c'est un sans-faute : le directeur de campagne d'Obama s'appelle David Plouffe et le bras droit Reggie Love. Ça ne s'invente pas.

Mais attention à l'excès de bonnes nouvelles. L'annonce simultanée de la mise à la retraite de Bush et du départ de Patrick Poivre d'Arvor du journal de TF1 nous renvoie à une réalité souvent relevée par notre ami Marc Moulin : trop de bonheur tue le bonheur !