o

Furieux de ce que j'ai vu...

Mis en ligne le 13/09/2008

Ah, il est des jours où j'aimerais être critique de cinéma ! Ce que ça doit être bon de crier haut et fort son émerveillement ou sa rage face tel ou tel film. C'est ce que je me disais, il y a une dizaine de jours en sortant de la projection de Versailles ! La vache ! Ce qu'il m'a énervé Pierre Schoeller avec son film. Enervé est peu dire, en fait j'étais furieux de ce que j'avais vu. Depuis quand suffit-il de produire des torrents d'émotions, des tombereaux de pathos pour prétendre avoir réalisé un bon film et encore moins un film honnête.

"Versailles" un film social : mon oeil en parachute !

En tout cas, je n'ai pas besoin des poses christiques de Guillaume Depardieu pour attiser ma mauvaise conscience face à ceux qui sont à la rue. La réalité de nos trottoirs, qui souvent me fait détourner le regard, continue à me troubler bien davantage. Dans leur économie de moyens, trois cartons posés au sol et prêts à servir de lit, me renvoient avec bien plus de violence aux limites de ma solidarité.

À travers l'histoire d'Enzo, cet enfant de 5 ans que sa mère en perdition, abandonne aux bons soins d'un SDF des bois, ce film ne charrie en fait que des lieux communs et vient caresser dans le sens du poil notre indicible besoin d'innocence et de rédemption.

"Versailles" un film troublant : mon oeil en parachute !

Moi je continue à penser que la misère n'est pas un spectacle. Et si elle en devient le sujet, c'est (comme le prouvent Mike Leigh, les frères Dardenne ou Robert Guédiguian) en l'abordant de façon tendue, bridée, transversale et surtout réflexive.

Je pense qu'à l'image de ceux qu'on enferme dans les centres fermés, les enfants de la misère ont rarement le visage angélique et saisissant du petit Max Baisette. Les leurs sont hagards, baveux et légitimement enragés de ce qui leur arrive.

Et puis, cette façon de revisiter le mythe du bon sauvage en tentant de nous faire croire qu'un SDF vivant dans la forêt a quelque chose qui toucherait le sublime. Un retour frelaté vers le jardin d'Eden. La chlorophylle comme solution à la muise et au dénuement. Ça ne va pas la tête ?

Si vous voulez mon avis, ça fait un moment que les clochards ne sont plus célestes. Non seulement ils sont terrestres, mais le plus souvent terrassés.

Quant à la fausse bonne idée du clash entre le château de Versailles et la misère, son symbolisme bateau permet au regardeur, de rester ce qu'il ne devrait pas être : un spectateur.

Et puis merde, si peu de sens cinématographique pour un tel sujet, c'en est presque gênant !

Avec en bonus, une insupportable bande sonore où un piano vient souligner à la louche chaque pic d'émotion, et sous les yeux de Judith Chemla des cernes si excessifs qu'ils semblent avoir été inspirés par le maquillage de Joëlle Milquet.

Ah, ce que ça doit être bon d'être critique de cinéma. De pouvoir crier haut et fort son émerveillement ou sa rage face tel ou tel film... Tiens, je rêve ou c'est ce que je viens de faire. Mon Dieu que c'est bon ! Mon Dieu, ce que je me sens mieux !