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Welcome to the Belgian Jungle

Mis en ligne le 15/12/2007

Non ce n'est pas le titre racoleur d'un tabloïde étranger évoquant la situation politique belge. Ce n'est pas la conclusion du rapport de l'enseignement catholique concernant les inscriptions dans le secondaire, ni l'ordre codé lancé par Marcel Habran lors de ses attaques à main armée. Welcome to the Belgian Jungle ! n'est pas non plus le label équitable du cinéma X wallon... Non ! Welcome to the Belgian Jungle est le salut de bienvenue que s'apprête à pousser l'Eden Trust, une société anglaise dont le projet est d'implanter quelque part entre Liège et Charleroi, un biodôme. Une gigantesque serre de 10.000 m2 et de 60 mètres de haut, qui abritera une véritable forêt vierge. En somme, l'Amazonienne aux portes de Coronmeuse. La touffeur de l'écosystème tropical sur le site du Palais des Expositions. Attention, l'Eden Trust n'en est pas à son coup d'essai. Elle a déjà installé une de ses serres dans une ancienne mine de kaolin des Cornouailles qui, en quelques années, est devenue la cinquième attraction touristique payante du Royaume-Uni.

Alors bien sûr, le projet a pour objectifs louables d'offrir aux chercheurs un terrain d'expérimentation permanent et au grand public, un outil de sensibilisation, néanmoins on peut se demander le sens réel de cette "jungle fever", ce besoin d'exotisme qui nous pousse à reproduire chez nous et en rikiki, ce qu'on a toutes les peines à préserver sur place. Un peu comme si les explorateurs ne voulaient plus quitter leurs charentaises : "Si tu ne vas pas à la jungle, la jungle viendra à toi !" Pourquoi, tant qu'on y est, ne pas transformer la station polaire Princesse Astrid en "Belgique Joyeuse" et la faire passer aux yeux des Inuits pour la réplique de l'écosystème belge, avec reconstitution de la décharge de Mellery et distribution de manon de chez Léonidas.

C'est dingue ce que nous autres humains civilisés sommes tiraillés entre, d'une part un besoin maladif de raser, d'abattre et d'élaguer (besoin qui trouve sa quintessence dans l'épilation bikini à laquelle se livrent nos fiancées) et d'autre part ce phantasme de la nature sauvage, impénétrable et luxuriante. Le samedi, on tondra bien à ras nos petits carrés de pelouse et on mettra des tuteurs à nos bégonias, et le dimanche on ira se perdre dans la jungle tropicale du Biodôme. La vache, vous imaginez Rudy Demotte, un enjoliveur d'Opel Corsa dans la bouche, accueillant les visiteurs en chef Raoni ! Parce que c'est très bien mais nous, de la jungle, on ne veut pas que la chlorophylle et la sève d'hévéa, on veut aussi les héros qui vont avec. Guy Verhofstadt sautant en slip Tarzan de liane en liane et épouillant dans le fond de son hamac, les cheveux d'Yves Leterme.

Nous, ce qu'on veut, c'est l'ICDI versus Rudyard Kipling. Edgar Rice Burroughs nous racontant l'histoire de Lakshmi Mittal. Deep Forest joué à la flûte de pan par Albert Frère. Nous ce qu'on veut c'est Joëlle Milquet en guerrière Arumbaya, poursuivant Didier Reynders avec sa sarbacane et ses flèches de curare. On veut une délégation de réducteurs de tête faisant des démonstrations sur celles des frères Happart. Ce qu'on veut c'est des baobabs, des orchidées sauvages et un forage Total Fina avec des miradors et du fil barbelé. On veut des hôtesses Bounty circulant entre les allées, des dégustations de Pisang Ambon et les caisses de Chiquita encore suspendues aux bananiers. On veut Pierre-Dominique Schmidt en Fitzcarraldo, remontant en radeau et sur le tube de Guns N' Roses, les douze mètres d'Amazone. Et puis, on veut que Sarkozy s'adresse à la délégation wallonne des Farc pour qu'ils libèrent Marie-Dominique Simonet qu'ils détiennent en otage au fond du Biodôme. On veut, on veut... En attendant, à raison d'un terrain de football toutes les trois secondes, je préfère ne pas imaginer ce que la forêt tropicale a perdu le temps de ce billet.

Tiens, à propos, René Vandereycken est toujours l'entraîneur des Diables Rouges. On peut dire que pour ceux qui n'aiment pas le foot, c'est une bonne nouvelle !