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Le jour où

Mis en ligne le 17/05/2008

Difficile de passer en revue les événements de ces dernières semaines, d'en relire les manchettes, les analyses et les commentaires, sans se poser la question simple et pourtant décisive : quelle sorte d'émotion nous étreindra donc le jour où, faute d'avoir trouvé la solution ou d'avoir pu appliquer à temps le remède miracle, on nous annoncera que c'est définitivement fini ? On a beau nous préparer à cette éventualité, nous rappeler qu'elle n'a pas vocation à être immortelle, sa disparition reste encore pour la plupart d'entre nous une abstraction. Quelles seront donc nos premières paroles à l'instant où le communiqué laconique de l'agence Belga tombera sur les téléscripteurs? Vers qui iront nos premières pensées à l'instant où, tel le flash info de Bye Bye Belgium, François de Brigode prendra l'antenne en plein milieu d'un épisode de Derrick pour annoncer la nouvelle ? Cette fois, ce sera vraiment fini ! Le dentifrice ne rentrera plus dans le tube. L'acharnement thérapeutique aura été sans effet.

On imagine la chape de plomb qui s'abattra sur le pays, plongeant la Flandre elle-même dans un silence épais et poisseux. Une rumeur sourde circulera dans les rues désertes : cette fois, elle est morte et déjà quasi enterrée !

Dans un sursaut d'orgueil, nous autres francophones, qui l'avons aimée sans doute plus que de raison, trouverons-nous le moyen de rebondir ? Devrons-nous subir les témoignages tout empreints de fausse compassion dans le genre : "Au moins elle n'a pas souffert !" "De là où elle est, elle n'aimerait pas qu'on la pleure !" "Finalement après toutes ces semaines de tension, c'est un peu une délivrance"... Une délivrance, le mot est lâché ! Parce que, pourquoi ne pas se l'avouer, parmi les intuitions qui nous animent lorsqu'il s'agit d'évoquer cette dernière extrémité, le soulagement fait partie des sentiments probables. La perte sera immense. Et pourtant l'état de décrépitude dans lequel elle avait fini par se retrouver avait ébranlé les certitudes de ses plus ardents défenseurs. Les émissions spéciales succéderont aux émissions spéciales. Tel un freezing spontané, c'est en retenant son souffle qu'on attendra le communiqué du Palais.

Bien sûr, avec son tact habituel, Jean-Marie Dedecker viendra répéter que pour les Flamands, ça ne changera pas grand-chose. Écrasée par la douleur, Joëlle Milquet (pour qui elle avait longtemps été un modèle), en fera l'éloge funèbre.

Charles-Ferdinand Nothomb sortira de sa réserve pour évoquer quelques souvenirs du temps de sa splendeur. On se sentira amputé d'elle et les premières semaines qui suivront sa fin tragique, nous nous retrouverons groggy. Nous circulerons hagards. Dans les faits, rien n'aura changé, la Grand-Place sera toujours là, les frères Dardenne aussi, et pourtant on sera étreint par la certitude que plus rien ne sera plus jamais pareil. On sentira dans la voix de Jean-Pierre Hautier cette fêlure qui témoigne des meurtrissures les plus vives.

Mon Dieu ! Quand je pense à ce qu'elle était en 58, à la façon dont, à cette époque, elle faisait rêver le monde. Elle si sexy, si joyeuse. Tout le monde vantait son esprit, son charme ! On a peine à croire qu'elle ait fini par se faire détester à ce point. Les plus grands spécialistes auront eu beau se succéder à son chevet, cette fois, c'en est fini !

Nous achèterons les journaux français, toujours curieux des réactions que de tels événements suscitent chez nos voisins. Le journal "Le Monde" titrera : Elle a rejoint les bébés phoques qu'elle aimait tant !....

- Les bébés phoques ? ! Que viennent faire les bébés phoques dans cette évocation de la fin de la Belgique ?

- Mais enfin qui vous parle de la Belgique ? Vous ne pensez tout de même pas que la Belgique puisse disparaître ?.... Non, j'évoquais simplement l'émotion qui nous étreindra le jour où, après celle de Pascal Sevran, on nous annoncera la mort de Brigitte Bardot !

Y a-t-il une vie après Brigitte Bardot ?

Il ne faudra plus attendre longtemps pour le savoir...