o

La politique, un passe temps!

Mis en ligne le 07/12/2007

Il y a quelques jours, j'ai allumé ma télévision sur une interview de Damien Thiéry, le bourgmestre francophone de Linkebeek, dans laquelle il qualifiait la politique de "passe-temps".

Il y a quelques jours, j'ai allumé ma télévision sur une interview de Damien Thiéry, le bourgmestre francophone de Linkebeek, dans laquelle il qualifiait la politique de "passe-temps". Je ne vous parle pas de la révélation que ça a été pour moi, quelque chose dans le genre "Paul Claudel touché par la foi en pleine messe de minuit"... La politique, un passe-temps, la vache, mais c'est bien sûr ! Espèce de couillon ! Enfin, je veux dire : espèce de couillon que je suis ! Comment ai-je pu être innocent à ce point ? Quelle est cette forme de romantisme béat qui m'a poussé à considérer jusqu'ici la politique comme quelque chose de plutôt sérieux. Andouille ! Nigaud ! Pauvre clette de moi ! Penser que la politique c'était avant tout un engagement, une passion, un idéal un peu à part ! Où ai-je donc été chercher des trucs aussi tartes et ringards ? Un passe-temps, mais c'est certain ! Replacée dans le contexte de l'entertainment, la situation belge n'a plus rien d'alarmant. La politique, un hobby au même titre que le faux marbre, les collections de timbres du Rwanda-Burundi, le cuistax ou les puzzles 500 pièces ! La politique occupationnelle, voilà la solution à nos problèmes ! En plus, question "temps qui passe", avec nos 180 jours de crise, on est déjà certain d'être qualifiés pour la phase finale.

Quel crétin des Andes ai-je donc été ! Quel angoissé de petit zizi ! Quel évaporé de la mort qui tue ! D'autant que si, dans ma bête conception de la politique, un type comme Bart De Wever a tendance à flanquer la trouille, je ne doute pas que dans un club de vacances tchétchène, il puisse faire un très bon professeur de curling. Quant à Yves Leterme, s'il s'est avéré un assez pitoyable formateur, je suis certain qu'il serait parfait pour donner la météo des plages ou pour animer des stages de confection florale dans les sections locales du Boerenbond. Et Joëlle Milquet, je ne doute pas qu'elle excelle dans la peinture à l'éponge ou au scapbooking.

Quand je pense qu'Olivier Maingain a choisi de faire de la politique alors qu'il aurait pu se contenter de "passer le temps" à brûler des voitures le soir après le travail ou bien à faire de la photo noir et blanc...

La politique : un divertissement ! Mon Dieu, quel soulagement !

De ce point de vue, le décret de Marie Arena pourrait en élargir le concept. Après tout, les bivouacs et les files d'attente qui se sont formés devant les écoles secondaires ressemblaient en tous points à ceux que l'on retrouve sur les trottoirs, la veille de sortie des consoles Nintendo, à l'ouverture des billetteries pour les concerts de Tokio Hotel où à la présentation du nouvel Iphone. Et l'idée du tirage au sort des inscriptions proposée par Charles Picqué pourrait même apporter à l'enseignement le petit côté EuroMillion qui lui manque. De là à ce qu'on puisse gagner son diplôme au grattage, il n'y a qu'un pas.

Damien Thiéry, c'est un peu notre Bourdieu à nous ! Un Bourdieu lavé à 90° avec de la poudre ordinaire. Son concept sonne comme la fin de notre cauchemar. La politique, c'est donc comme le macramé, l'équitation ou le barbecue, juste un passe-temps. Un dada pour ceux qui n'aiment ni le minigolf, ni aller au café.

Pourquoi chercher des femmes ou hommes d'Etat alors que la politique n'a besoin que de GO ? Déplaçons les séances du Parlement au Spiroudome ! Confions la gestion de la dette aux bookmakers chinois et la mise en scène du 21 juillet à Franco Dragone. Proposons le poste de formateur à Eric Domb, le fondateur du Parc Paradisio... Et surtout, reconnaissons notre erreur : nous avons pris cela trop à coeur ! La politique, c'est avant tout une distraction. Pourvu que la bonne nouvelle arrive jusqu'aux oreilles d'Ingrid Betancourt, parce que question "passe-temps", cela fait quand même cinq ans qu'elle attend au fond de la jungle.

Il ne nous reste plus à présent qu'à inventer la politique sous péridurale. Ce jour-là, on sera vraiment rentré dans le XXIe siècle.